SOMMES-NOUS TOUS DEVENUS DES HYPOCRITES ?

Texte d'Yves Lulzac
Illustrations JJ Chevallier

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Lorsque nous circulons dans notre voiture, lorsque nous tournons le robinet de notre salle de bains, lorsque nous regardons un reportage télévisé confortablement installé dans notre fauteuil favori ou que nous essayons de nous distraire sur notre ordinateur via l’internet, qui d’entre nous a la moindre pensée ou bien se soucie de la nature et du nombre des matières premières qui ont servi à élaborer tous ces produits de notre civilisation dont nous serions incapables de nous passer à l’heure actuelle ?

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Parmi ces matières premières figurent en tête de liste les métaux dont l’humanité se sert depuis des millénaires. Qui d’entre nous sait, ou même désirerait savoir, d’où ils proviennent et de quelle manière on les a extraits. A moins, bien sûr, que ce soit au voisinage immédiat de son propre champ de vision… Et, bien sûr, la question se pose encore moins si ces ressources ont été exploitées de l’autre côté du monde.

Installation du four

Nous nous soucions parfois de l’avenir de nos ressources, très satisfaits d’en apprécier l’utilité incontestable, mais en affichant une aversion de plus en plus affirmée pour tout ce qui concerne leur provenance, la complexité et les inconvénients de leur extraction et les conséquences environnementales qui en découlent. Il en résulte un malaise général pour tout ce qui concerne nos technologies modernes, malaise encouragé par certains et aboutissant obligatoirement à un rejet de toutes mines, carrières, derricks et autres moyens de production, sans doute peu esthétiques mais nécessaires.

 

Il en résulte que dans notre monde développé, l’ouverture d’une mine métallique devient de plus en plus difficile, sinon impossible. Certains diront qu’il est inutile d’ouvrir des mines chez nous alors qu’il est plus facile de s’approvisionner ailleurs. A des prix peut être compétitifs, mais susceptibles d’alourdir nos dettes. De toute manière, les inconvénients générés par les exploitations minières seront supportés par d’autres contrées sans que l’on s’en émeuve outre mesure, ne cherchant même pas à savoir où se situent ces exploitations ni dans quelles conditions elles se réalisent, pourvu qu’elles ne soient pas dans notre champ de vision. Et, comme dirait tout citoyen hypocrite doublé d’un parfait égoïste : « d’accord pour ouvrir une mine, mais pas dans mon jardin !... » . C’est l’effet MIMBY (Not  In My Back Yard Anglo-Saxon).

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Les mêmes désaccords persisteront toujours entre les consommateurs de matières premières que nous sommes et l’origine de ces dernières, car profiter de ces ressources sans le moindre regard sur leur origine n’est pas plus défendable que de contester toutes formes d’entreprises industrielles tandis qu’en même temps on se fait les champions de la hausse du niveau de vie et des causes environnementales.

                Qu’adviendra-t-il, lorsque nous auront épuisé nos capacités, sans doute limitées, de recyclage de nos déchets métalliques, et lorsque les pays producteurs, eux-mêmes avides de progrès technologiques, préféreront garder leurs ressources minières pour leur propre développement ?

 

Force sera de constater que, si nous ne voulons pas renoncer à nos habitudes d’enfants gâtés, nous nous verrons dans l’obligation de relancer la recherche minière et de remettre en activité nos mines si précipitamment fermées dans les années 80 sous couvert de non-rentabilité. L’heure ne sera plus aux pleurnicheries sur le disparition de quelques hectares de végétation, sachant très bien qu’après la fermeture de l’exploitation, si elle était à ciel ouvert, la nature reprendrait vite ses droits comme on a déjà pu le constater à maintes reprises. Finis également les arguments de mauvaise foi tendant à dramatiser, jusqu’à la limite du ridicule, les effets dévastateurs de tout ce qui concerne l’extraction et le traitement des minerais exploités. L’ère des quelques rares catastrophes environnementales enregistrées jadis est bien terminée, tout exploitant sachant très bien qu’il vaut mieux travailler chez nous dans les règles de l’art s’il veut poursuivre ses activités sur le long terme.

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Mais pour en arriver là, et renouer avec nos mentalités d’antan pleines de bon sens, un  sérieux travail d’information s’imposera à condition, bien sûr, que nos concitoyens veuillent bien ouvrir leurs oreilles. A condition également que la diffusion de cette information se fasse par des personnes compétentes en matière d’exploitations minières et non pas par des individus qui n’ont jamais pratiqué ce métier, leur soi-disant compétence se limitant à des propos glanés auprès d’ignorants ou d’individus opportunistes prêts, pour une raison ou une autre, à désinformer leur public s’ils y trouvent leur propre intérêt.

 

Certains diront que ce serait perdre notre temps que de relancer la recherche minière dans notre vieux pays où tout a déjà été exploité, le peu qu’il reste ne méritant aucun intérêt.

 

Ce sont encore là des propos d’incompétents, car l’inventaire partiel de nos ressources minières entrepris dans les années 60 à 80, a confirmé l’existence de gros gisements métalliques exploitables dans les conditions économiques actuelles et qui, bien sûr, le seraient encore plus en période de disette métallique. Sans oublier alors, les nombreux gisements à basses teneurs déjà connus mais jusqu’à présent négligés pour cause de non-rentabilité.

 

Il nous faudra donc faire un choix. Soit renoncer à nos habitudes actuelles, soit défigurer momentanément le paysage de certaines régions sachant, une fois de plus, que la nature reprendra vite ses droits et que les cavités superficielles, si elles ne sont pas remblayées, seront vite réaménagées en réserves aquatiques ou en centres de loisirs comme cela a déjà été réalisé, par exemple dans le Nord Finistère et en Loire Atlantique à la grande satisfaction des riverains.