retour dossier.png

LA MÉTÉORITE DE TATAOUINE EN TUNISIE
UNE RARETÉ INTÉRESSANTE A PLUSIEURS POINTS DE VUE...

Tombée le 27 juin 1931 à 01h30, à 4 kilomètres au Nord-est du village de Foum Tataouine* en Tunisie. L’explosion et la lueur intense réveilla toute la population et aussi la garnison française. Le lendemain des légionnaires français retrouvaient quelques fragments qui furent recueillis par le MNHM.

*On peut aussi l'écrire Tatahouine

Cette météorite est très recherchée par les collectionneurs pour plusieurs raisons :

  • La rareté des fragments trouvés : Seulement environ 15 ou 16 kg retrouvés, et très rares sont les spécimens de plus de 10 grammes.

  • Sa classification rare : Elle est classée dans les rares Diogénites qui font parties des Achondrites (signifie qui ne contient pas de chondrules) pauvres en calcium. Elle se compose principalement d’orthopyroxène riche en magnésium.

  • Sa couleur inhabituelle : Elle a une couleur vert clair, à grisâtre veinée de noir.

  • Son origine, probable : On a tout lieu de croire qu’elle est originaire de l’Astéroïde Vesta un objet particulier de 500 km de diamètre, situé dans la ceinture d'astéroïdes entre Mars et Jupiter. Sa signature spectrale (Ensemble des caractéristiques du rayonnement électromagnétique réémis, conditionnés par les propriétés de la matière irradiées, nécessaires et suffisantes pour l'identifier. ) est similaire à celle bien spécifique de Vesta.

  • Son histoire : Tombée le 27 juin 1931, des échantillons furent expédiés au Muséum d’Histoire Naturelle de Paris quelques jours plus tard. Elle y fût étudiée, puis on l’oublia.
    La suite ci-dessous :

Une météorite de Tataouine...

Photo JJ Chevallier

Carte postale du camp de la

Légion Etrangère à Tataouine vers 1916.

En 1994 notre estimé confrère le Docteur Alain Carion retrouvant, au Muséum, des documents  racontant la chute, se rendit aussitôt sur place. Après une semaine de recherche il retrouva quelques échantillons. L’étude de ces nouveaux échantillons permit de constater une évolution chimique de la météorite et en particulier la présence de bactéries, alors que sur les échantillons de 1931 ces bactéries n’existaient pas. On prouva ainsi l’origine terrestre d’autres bactéries découvertes  sur une météorite d’origine martienne, ALH84001, tombée depuis 13 000 ans en Antarctique.

Alain Carion à Tatahouine 1994.

par Philippe Gillet, professeur à l'ENS de Lyon

La plupart des météorites qui tombent sur Terre proviennent de la ceinture d'astéroïdes située entre Mars et Jupiter. D'autres météorites, plus rares, proviennent de planètes ou corps différenciés comme la Lune ou Mars à la suite d'un choc avec de gros astéroïdes.

Tataouine pourrait être un fragment d'un objet particulier de 500 km de diamètre VESTA, situé dans la ceinture d'astéroïdes entre Mars et Jupiter.

Tataouine appartient à la famille des diogénites qui ont en commun une signature isotopique en oxygène caractéristique, différente des SNC et des autres météorites. C'est une roche magmatique essentiellement formée d'orthopyroxènes (comme ALH84001!) .Sa signature spectrale est similaire à celle bien spécifique de Vesta.

ALH84001 et la vie sur Mars

Quelle est l'origine de la météorite ALH84001 ?

Une quinzaine de météorites ramassées sur Terre, dites SNC (premières lettres de 3 météorites martiennes : Shergotty (tombée en Inde), Nakhla (tombée en Egypte) et Chassigny (tombée en France), viendrait de Mars.

A droite : un fragment de Mars est éjecté dans l'espace par l'impact d'une très grosse météorite... des millions d'années plus tard son orbite passant très près de notre planète, il est attiré par l'attraction terrestre et vient impacter le Terre.

Corrélation entre composition des bulles de gaz météoritiques et composition de l'atmosphère martienne.

Classification des météorites en fonction de la composition en isotopes stables de l'oxygène.

1/ Elles ont toutes une composition en isotopes stables de l'oxygène (delta-17O et delta-18O) caractéristique et différente de toutes les autres classes météorites.

2/ Elles ont cristallisées à partir de magmas, il y a environ 1 milliards d'années pour la plupart d'entre elles (à l'exception de ALH84001 qui a un âge de cristallisation d'environ 4, 4 Ga). Elles viennent donc d'un corps qui avait une activité magmatique à ces époques là. Les seules planètes candidates sont à priori Vénus et Mars.
La gravité de Vénus semblent d'après les calculs ne pas permettre l'expulsion de blocs rocheux lors d'impact à sa surface. Reste donc Mars.

3/ Le dernier argument concerne la composition des gaz inclus dans les minéraux de ces météorites. Ils ont une composition identique à celle de l'atmosphère martienne mesurée par les sondes Viking en 1976 (corrélation de 1 sur le graphique ci-contre).

Il faut cependant garder à l'esprit que ces arguments sont indirectes... Rien ne permet à l'heure actuelle d'être sûr de la provenance martienne de ALH84001

C’est ce qui a fait dire d’elle, qu’elle est la preuve contre la théorie de la vie Martienne.

ALH84001 vs. TATAHOUINE

Quels sont donc ces indices de vie martienne découverts par nos amis de la NASA ?

Les indices les plus convaincants sont les suivants :
 

1.      Des carbonates tapissés de molécules organiques simples HAP (hydrocarbures aromatiques polycycliques) sont présents dans les anfractuosités de la météorite.

2.      On date (radio datation Rb/Sr et Pb/Pb) les carbonates d’environ 4 Ga, ils se sont donc formés sur le corps parent, Mars. La zonation chimique en éléments Mg et Ca (éléments majeurs) est vraisemblablement associée  la circulation de fluides hydrothermaux.  La variabilité de composition chimique de croissance concentrique indique des modalités d’oxydoréduction inusuelles dans notre monde minéral.

3.     Des cristaux nanométriques de magnétite Fe3+O4 et de sulfure de fer, comparables à ceux synthétisés par les bactéries magnéto tactiques d’origines terrestres, sont associés aux carbonates.  

4.     Ils étudient à la surface des carbonates des structures allongées dont la longueur va de quelques dizaines à quelques centaines de nanomètres. Pour eux il ne peut s’agir que de fossiles de bactéries.

ALH84001 formes minérales supposées être des fossiles bactériens.

LES INDICES DE LA VIE SUR LA MÉTÉORITE ALH 84001

Des chercheurs français étudiant la météorite de Tataouine font eux aussi une découverte...

En examinant au MEB (microscopie électronique à balayage) les échantillons de 1994, ils on la surprise de découvrir des agrégats de microcristaux de calcites sur la surface des grains de pyroxène. Les examens son comparables à ce que leurs collègues américains ont découvert sur ALH84001. La différence est que seuls les échantillons prélevés par le Docteur Alain Carion présentent ces caractéristiques, les échantillons de 1931 prélevés le lendemain de la chute sont vierges de toute présence de calcite. De plus les compositions isotopiques en oxygène et en carbone des carbonates sont presque identiques à ceux des carbonates du sol où la météorite à séjournée pendant 64 ans. Ces carbonates sont donc dû à la circulation d’un fluide terrestre.

A la surface de ces carbonates, l’examen au MEB (Microscope Electronique à Balayage) révèle des formes allongée et ovoïdes qui pourraient êtres des bactéries, présentant sur leur surfaces des cristaux de chlorure de sodium [Na Cl], les analyses démontrent d’une part que ce ne sont pas des minéraux et d’autre part que les formes sont constituées de Carbone, Azote et Oxygène. [C.N.O.]. Afin de démontrer la nature biologique des cultures sont mises en  expérimentation en collaboration avec le microbiologiste du CEA à Cadarache. Après quelques mois des bactéries de petites tailles similaires par la forme mais toutefois un peu plus grandes à celles observées sur les fragments de la météorite de Tataouine seront cultivées. A l’époque, 1996, on ne connaissait pas encore de forme de vie de taille aussi petite, ce qui va alimenter de nombreuses controverses et polémiques.

Ces bactéries n’existant pas sur les échantillons prélevés le lendemain de la chute en 1931, on en déduit que ces bactéries se sont développées après la chute sur Terre, remettant ainsi en cause la découverte des américains sur ALH84001.

 

 

 

 
 
 

Bibliographie :

 

J.A.BARRAT ; Ph. GILLET; C. LECUYER; S. M. F. SHEPPARD and M. LESOURD, "Formation of Carbonates in the Tatahouine Meteorite" p 412-414 v 280 Science, 17 April 1998.

Ph. GILLET, J.A. BARRAT, De Mars à Tatahouine, PLS n°249 juillet 1998 p. 22-23.

Ph. GILLET, P. THOMAS, Vie sur Mars : la contreverse, La Recherche, n°295, février 1997, p. 28.

Ph. GILLET, J.A. BARRAT et al., Bacteria in the Tatahouine meteorite : nanometric-scale life in rocks, Earth and Planetary Science Letters 175, 2000, p.161-167.

retour dossier.png

Travailler sérieusement sans se prendre au sérieux !

Travailler sérieusement sans se prendre au sérieux !

logo FB share.png

* Les rubriques marquées d'un astérisque sont obligatoirement renseignées.