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MINE D'ABBARETZ ET ARSENIC

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LA GÉOLOGIE DE LA BRETAGNE EN QUELQUES MOTS

Deux milliards d’années d’histoire géologique bretonne ...

Par Florentin Paris - février 2018

Les archives géologiques bretonnes couvrent une période de plus de 2 milliards d’années et impliquent une grande diversité de roches sédimentaires, métamorphiques et éruptives. Celles ci représentent un véritable condensé de l’histoire de la Terre car elles traduisent les grands mouvements de l’écorce terrestre responsables de la formation des montagnes et des grandes modifications climatiques.

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Le contact entre le gneiss Icartien et la microgranodiorite de Pleubian est ici enrobé par une coulée de solifluxion composée de limon et de loess.
Lithothèque de l'académie de Rennes

Les grands cycle structurants

À l’ouest du Massif armoricain, la Bretagne a acquis ses principales caractéristiques au cours de cycles de plissements majeurs : les cycles icartien, cadomien, varisque. Il n’y a pas d’Archéen en Bretagne mais, autour de la baie de Lannion, de petits affleurements de roches à composition granitique, datés de –1,8 à –2,2 milliards d’années (Protérozoïque inférieur), sont attribués au cycle icartien. Il s’agit des plus anciennes roches de France métropolitaine et même de l’Europe méridionale.

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Pincipales étapes de l’édification du socle géologique de la Bretagne.

Le socle primitif

Le cycle cadomien débute vers –750 Ma et s’achève il y a 541 Ma. Il constitue le véritable soubassement de la Bretagne. On y trouve des matériaux variés d’âge protérozoïque supérieur, notamment d’anciennes boues et sables marins modifiés au cours du temps (surtout visibles en Bretagne centrale) et du matériel volcanique (coulées de laves, tufs, cendres présents dans le Trégor et autour de la baie de Saint-Brieuc). Entraînés en profondeur lors des plissements à l’origine des montagnes cadomiennes (–600 à –540 Ma), ces roches ont été profondément modifiées par la chaleur et la pression en donnant des micaschistes, des gneiss ou des granites d’anatexie. Ces roches métamorphiques sont bien représentées près de Brest, de Guingamp et de Saint-Malo. Le cycle cadomien s’achève par l’intrusion d’énormes massifs de granite, notamment vers l’est (Bécherel, Bonnemain, Fougères).

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Carte géologique simplifiée de la Bretagne.

Le massif breton

Le cycle varisque démarre en Bretagne par le dépôt des restes de l’érosion des montagnes cadomiennes. On a d’abord des sables et des boues déposées dans une mer froide à tempérée, puis l’apparition de calcaires tropicaux avec des coraux (entre –410 et –370 Ma) et enfin les vestiges de luxuriantes forêts houillères (entre –350 et –300 Ma). Ces sédiments et fossiles traduisent un lent déplacement de la Bretagne de l’hémisphère sud vers l’Équateur. Le cycle varisque s’achève vers –320 Ma avec la formation d’une immense chaîne de montagne, résultat de la collision entre les plaques Gondwana (incluant la Bretagne) et Laurussia. Au cours de cette collision, les roches volcaniques et les sédiments marins déposés pendant plus de 150 Ma sont entraînés dans les profondeurs de l’écorce terrestre à la faveur de plissements gigantesques. Soumis à de fortes températures et pressions, ils sont profondément métamorphisés (modifiés en micaschiste, gneiss, migmatites, amphibolites). Ce type de roche est bien représenté dans le sud de la Bretagne (Loire-Atlantique, Morbihan, Finistère sud. D’immenses cassures (failles) accompagnent ces mouvements et participent au façonnement du massif breton. Le cycle varisque s’est achevé il y a 300 Ma avec la mise en place des derniers massifs granitiques (Ploumanac’h, Quintin, Le Hinglé).

Les derniers ajustements

Le démantèlement des montagnes varisques a débuté avant même la fin de ce cycle et s’est poursuivi au Mésozoïque. La Bretagne est alors devenue une île aplanie, sans doute parcourue par des hardes de dinosaures. Cette Bretagne insulaire, entourée d’une mer où se déposaient des boues calcaires, a été partiellement ennoyée lors d’épisodes de climats très chauds et de haut niveau marin, notamment au Crétacé supérieur (100 Ma). Il faut attendre le Cénozoïque pour retrouver des dépôts marins en Bretagne centrale. Il s’agit de sables coquilliers, connus sous le nom de faluns, déposés il y a 15 à 13 Ma dans un bras de mer reliant la Manche et l’Atlantique. Ce dernier retour significatif de la mer en Bretagne est sans doute un écho des mouvements alpins. Au Quaternaire (–2,6 Ma à l’actuel), lors des phases de froid les plus intenses, le développement d’immenses calottes glaciaires polaires a provoqué, à plusieurs reprises, une chute du niveau marin de près de 120 m. La topographie actuelle et le trait de côte de la Bretagne sont alors fixés.

A propos de l'auteur

Florentin Paris, né en 1945 à Bégard, partage à présent son temps entre Rennes et Crozon. Directeur de recherche au CNRS, il a développé des recherches en géologie, paléontologie et paléogéographie à l’Université de Rennes I (Géosciences). Il est l’auteur de près de 400 publications scientifiques.

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RÉSUMÉ DES CONNAISSANCES SUR LE GISEMENT D'ABBARETZ...

 

Par Yves Lulzac - décembre 2019

Yves Lulzac est un ancien géologue minier qui a commencé sa carrière dans la recherche des gisements uranifères en Bretagne. Sa carrière s'est poursuivie à travers le monde où il est à l'origine de la découverte de plusieurs nouvelles espèces minérales la dernière étant la Lulzacite, un phosphate de strontium, qu'il a découvert à St Aubin des Châteaux en 1997.
Gemmologue de laboratoire à ses heures, il a rédigé un manuel de gemmologie qui fait autorité dans le monde entier.
Breton, il est aussi l'auteur de deux ouvrages sur les manoirs Bretons.

Cadre géologique et géométrie du gisement

Ce gisement est localisé dans un niveau schisteux peu métamorphique daté de l’Ordovicien (485 à 444 Ma) moyen (schistes de Saint Perreux), orienté Est-Ouest et penté vers le Sud d’environ 45 degrés. Ce niveau est intercalé entre les schistes d’Angers plus anciens, vers le Sud et une étroite formation gréseuse (grès d’Abbaretz) plus récente, vers le Nord.

La formation stannifère exploitée est constituée d’un ensemble de filons quartzeux en général peu puissants (de 20 à 50 centimètres de large en moyenne), plus ou moins lenticulaires et fusiformes, formant le plus souvent des trains de lentilles très irrégulières d’allure boudinée, tordue ou broyée qui empruntent la même direction et la même inclinaison que celle des schistes encaissants. Rares sont les filons que l’on peut suivre sans discontinuité sur quelques dizaines de mètres.

Cet ensemble filonien, d’allure très complexe dans le détail, forme un faisceau qui s’étale sur un front d’une quarantaine de mètres de largeur. Il a été suivi et exploité ici sur une longueur d’environ 750 mètres et une profondeur d’environ 60 mètres, soit une extension verticale filonienne d’environ 85 mètres.

Au contact de ces formations quartzeuses, les schistes encaissants sont en général chargés en très petits cristaux de tourmaline noire et présentent une altération très prononcée avec formation d’argile plus ou moins kaolinique conférant à cet ensemble une faible cohésion très favorable à une exploitation simplifiée car ne faisant que rarement appel à un abattage à l’explosif.

Minéralogie du gisement

Le minerai exploité est essentiellement constitué de cassitérite (oxyde d’étain de formule SnO2) que l’on trouve sous forme d’amas en général très mal cristallisés dont la taille varie de quelques millimètres à une vingtaine de centimètres au maximum. Ces amas sont toujours inclus dans le quartz filonien, très souvent en compagnie de micas blancs (muscovite) parfois abondants. Des minéraux sulfurés très peu abondants ont été remarqués sous forme de pyrite (sulfure de fer de formule FeS2) et d’arsénopyrite (ou mispickel, sulfure de fer et d’arsenic de formule FeAsS) dans les premiers mètres de l’exploitation. Dans les niveaux les plus profonds, les sulfures sont apparus d’une manière plus fréquente, toujours sous la forme d’arsenopyrite.

Historique du gisement.

La région située à l’Ouest d’Abbaretz était connue autrefois pour ses inégalités de terrain, parfois très accentuées, que l’on appelait « mardelles » et qui passaient pour être d’anciens retranchements gaulois ou gallo-romains. Ceci jusqu’en 1897, époque au cours de laquelle, le géologue Louis Davy démontra qu’il s’agissait en réalité d’anciennes exploitations de cassitérite, ce minerai très recherché dans l’Antiquité pour la fabrication du bronze.

Sur le site du Bois Vert, cette ancienne exploitation se manifestait sous la forme d’un fossé allongé et profond d’environ 17 mètres au maximum.

Suite à cette redécouverte, une demande de concession de minerai d’étain fut sollicitée par la Société Nantaise des Minerais de l’Ouest (S.N.M.O) filiale des établissements Carnaud Basse Indre, fondée en 1910. Cette concession lui fut accordée le 12 août 1920 pour une durée de 75 ans, mais qui sera prolongée à perpétuité par décret du 19 juillet 1957.

Commence alors une période de travaux de recherches destinés à préciser la morphologie du gisement, ses teneurs en étain et son mode possible d’exploitation.

Ces travaux commencent en 1911 par le fonçage d’une descenderie (ou galerie inclinée) pentée à 33 degrès destinée à reconnaître l’aval des travaux antiques. Malheureusement, la très mauvaise tenue des terrains a conduit à l’abandon prématuré de cet ouvrage dont la longueur totale de 105 mètres fut insuffisante pour parvenir à l’aplomb de la fosse principale. Seuls quelques lentilles quartzeuses peu minéralisées en cassitérite furent mises à jour. Ces recherches profondes furent donc provisoirement abandonnées en septembre 1921 car elles ne se justifiaient pas dans l’optique d’une exploitation souterraine du gisement : faibles teneurs apparentes en étain et terrains trop peu stables.

De 1942 à juillet 1943, la S.N.M.O. en association avec la Société d’Etudes et d’Exploitations Minières (S.E.T.E.M.), décide de reprendre les recherches en procédant au fonçage d’un puits de 36 mètres de profondeur donnant accès, au niveau 32, à une galerie en travers-bancs dirigée vers le Nord et longue de 165 mètres. A 65 mètres du puits cette galerie a recoupé un filon quartzeux bien minéralisé en cassitérite, Ce filon, qui à l’époque fut considéré à tort comme étant le plus riche, fut tracé sur une longueur de 96 mètres. On ne possède que peu d’informations sur la richesse réelle de ce filon mais on peut se douter que les résultats des échantillonnages ne furent guère satisfaisants car le gisement fut déclaré inexploitable en souterrain. D’autant moins que ces travaux furent également contrariés par une très mauvaise tenue des terrains ayant même entraîné un accident mortel.

De juillet 1943 à 1946, la S.E.T.E.M. ayant fait preuve d’un manque total de clairvoyance dans la conduite de ses travaux, la S.N.M.O. décida de poursuivre, seule, les investigations sous la direction de Mr. Henry Barzin, directeur général de la société Géomines à Bruxelles qui exploitait le gisement de cassitérite de Manono au Gabon.

Ceci, enfin, dans l’optique d’une exploitation à ciel ouvert.

Ces nouveaux travaux consistèrent en :

  •  L’exécution d’une galerie en travers-bancs à partir du niveau 12 du puits de la S.E.T.E.M. Cette galerie longue de 127 mètres a permis de confirmer la poursuite, vers l’amont, des formations minéralisées recoupées au niveau 32. Ceci malgré la présence de passages remblayés correspondant aux travaux antiques.

  • L’échantillonnage détaillé de ces deux travers-bancs.

  • L’exécution, en surface, de 42 sondages verticaux au trépan de gros diamètre. Ils étaient équidistants de 20 mètres suivant 9 profils orientés Nord-Sud, eux-mêmes équidistants de 200 mètres. Leur profondeur variait de 25 à 150 mètres et les échantillons recueillis par passes de 1 mètre ont été traités à la battée.

 

A l’issue de tous ces travaux, il est apparu que ce gisement consistait en un faisceau de filons quartzeux d’environ 48 mètres de largeur réelle, sur une longueur horizontale de 800 mètres et à teneur moyenne de 2.660 grammes de cassitérite au m3 de tout-venant. Cet ensemble étant constitué en grande majorité de terrains très altérés et d’extraction aisée à ciel ouvert. Ceci contrairement aux terrains limitant le faisceau minéralisé vers le Nord et vers le Sud dont l’altération, beaucoup moins intense, coïncidait avec l’affaiblissement rapide, mais non tranché, des minéralisations stannifères

 

De janvier 1952 à décembre 1957, c’est la période la plus active puisqu’elle correspond à la mise en exploitation du panneau, tel qu’il avait été défini par les sondages au trépan, et qui fut dénommé « bloc Hector Pétin ».

L’exploitation devait s’étendre sur une longueur d’environ 750 mètres mais, en réalité, elle a surtout porté sur la moitié occidentale du gisement à la suite de la découverte d’une faille transverse ayant eu pour effet de rejeter de 50 mètres vers le Sud le tronçon oriental du gisement. Ce dernier paraissant moins minéralisé que son homologue occidental.

Bilan de l’exploitation.

Au total, il aura été extrait de cette exploitation à ciel ouvert :

  • Environ 2 millions de m3 de minerai dont environ 556.000 m3 de quartz.

  • Environ 1.735.000 m3 de découverture stérile, laquelle constitue actuellement ce que l’on nomme la « butte d’Abbaretz ».

  • 3.743,4 tonnes de concentré marchand titrant en moyenne générale 67,5% d’étain métal. Soit une production voisine de 2.527 tonnes d’étain métal.

Normalement, le potentiel théorique de ce gisement à la fin de son exploitation aurait dû être de 5.320 tonnes de concentré marchand, compte tenu de la teneur moyenne calculée au départ de 2.660 grammes de cassitérite au m3, et en supposant une récupération de 100%. D’où une perte de 1.577 tonnes de minerai correspondant à un rendement médiocre d’environ 70%. Rendement que l’on pourrait éventuellement expliquer par une surestimation initiale de la teneur moyenne du gisement.

Cependant, et sachant que le rendement d’un atelier de traitement de minerai d’étain n’est jamais de 100% mais plutôt de 75% à 85%, il faut admettre que la bonne marche de cette laverie a réellement été perturbée de différentes manières, tout du moins si l’on s’en réfère aux rapports et remarques formulées à l’époque. A savoir :

  • La modification du schéma d’extraction consécutive à la découverte de la faille transverse.

  • La modification de la méthode d’extraction par suite de l’obligation non prévue de miner les lentilles quartzeuses les plus importantes.

  • La mauvaise adaptation du système de concentration à un minerai extrêmement hétérogène, très différent du gisement de Manono qui avait alors servi de modèle pour l’étude du traitement. L’on sait, par exemple, que certains appareils de traitement (les jigs et les tables à secousses en particulier) étaient fréquemment engorgés par de brutales et imprévisibles arrivées de minerai à forte teneur ayant conduit à des pertes évaluées à 25% et peut-être même plus.

  • La mauvaise formation du personnel de laverie car l’encadrement ne comptait aucun laveur de métier.

  • Les conflits permanents entre le siège de la S.N.M.O. et les directeurs locaux qui eurent pour conséquences de nombreux gaspillages de temps et de matériel ainsi qu’un mauvais entretien des appareils de lavage et des machines d’extraction.

 

Finalement, ce mauvais taux de récupération, s’ajoutant à la baisse des cours de l’étain à partir de l’année 1957, puis à la hausse des prix de revient, seront à l’origine de la fermeture prématurée de cette exploitation.

Exploitation qui ne fut jamais rentable à cause principalement des très gros investissements en matériel d’extraction, entre autres dans l’achat d’énormes pelles électriques américaines de marque Bucyrus-Erié qui se révéleront inadaptées à la taille, finalement modeste, du gisement. A cause également de la chute des rendements en laverie.

Mode de traitement du minerai.

Il s’agissait d’un traitement classique adapté à un minerai de type alluvionnaire.

En entrée de laverie, le minerai subissait un débourbage destiné à éliminer les argiles et les fines particules de micas. Puis les éléments quartzeux et les fragments de roches non altérés étaient concassés et broyés pour produire des sables et gravillons destinés au traitement gravimétrique habituel. Ce dernier traitement, qui assurait la séparation de la cassitérite de sa gangue, faisait appel à des batteries de bacs à piston (jigs) et à des tables à secousses. Lorsque les sulfures apparurent d’une manière relativement abondante en fin d’exploitation, ces derniers ont fait l’objet de tentatives de séparation par des opérations de flottation sur des tables spéciales mais sur lesquelles on ne possède aucune information précise.

Activités de la S.N.M.O. à l’intérieur de sa concession mais en dehors du site du Bois Vert.

Cette concession, d’une superficie de 938 hectares, s’allonge sur 8,5 km depuis le bourg de Nozay jusqu’au-delà du bourg d’Abbaretz. En réalité elle couvre l’intégralité d’un faisceau filonien ininterrompu mais dont la minéralisation n’est pas distribuée d’une manière homogène. A l’ouest du site exploité du Bois Vert, au moins trois autres sites minéralisés étaient déjà connus pour avoir fait l’objet de travaux antiques. Ces sites ont également fait l’objet de travaux de recherches de la part de la S.N.M.O. et ceci dès 1911. Ils sont connus sous le nom de Beaulieu, le Bé et le Maire.

Comme au Bois Vert, ces travaux de recherches ont consisté en puits, galeries et sondages au trépan. Avec pour résultats la mise en évidence d’un gisement potentiel sur le site de Beaulieu, équivalent à celui du Bois Vert et qui, normalement, devait prendre la suite de l’exploitation de ce dernier.

De tous ces travaux, qui ne furent jamais de véritables travaux d’exploitation, on évalue la quantité de cassitérite extraite sur le site de Beaulieu à environ 4,3 tonnes, et à environ 120 tonnes sur le site du Bé.

L’existence, immédiatement à l’Est du bourg de Nozay, d’un affleurement de granite kaolinisé et également stannifère, fut mise en évidence tardivement, et d’une manière fortuite, à la suite des travaux préparatoires à la mise en exploitation du site de Beaulieu. Ce site, dénommé Ville Foucrée, fit également l’objet de recherches au moyen de petits puits peu profonds, de sondages à l’aide de gouges Banka, et de 2 sondages au trépan. Par la suite, des sondages carottés ont été effectués par la Société Minière et Industrielle de Rougé.

Activités de 1966 à 1973.

A partir de 1966, le B.R.G.M. seul ou en syndicat avec la S.E.E.M.I., la Co.Mi.Ren. et Bethleem Steel. a décidé de reprendre l’étude du district d’Abbaretz, aussi bien sous l’angle « alluvionnaire » que sous l’angle « gîtes primaires », à l’intérieur ou à l’extérieur de la concession S.N.M.O. Seul, le site du Bois Vert ne fut pas étudié puisque déjà exploité.

Les méthodes mises en œuvre à l’intérieur de la concession furent très variées, consistant principalement en prélèvements alluvionnaires et éluvionnaires, tranchées, sondages à la tarière à main, sondages percutants au wagon-drill, sondages au marteau fond-de-trou classiques ou de type Saturne, et sondages carottés.

De toutes ces méthodes, aucune ne se montra vraiment adaptée à la morphologie particulière du minerai d’Abbaretz, soit par la profondeur insuffisante des tranchées qui ne parvinrent jamais à franchir le plancher des travaux antiques, soit par le volume insuffisant des échantillons récupérés par les différents types de sondages.

Seuls, des échantillons de gros volume obtenus par sondages de gros diamètre en tubage continu , étant susceptibles de cerner au plus près les teneurs réelles des terrains minéralisés.

La synthèse de tous les résultats obtenus a confirmé l’intérêt des sites de Beaulieu, du Bé ainsi que du Maire, mais plus particulièrement celui de Beaulieu qui avait été déjà mis en relief à l’issue des sondages S.N.M.O.

A lui seul, ce site présente un potentiel qui justifierait actuellement une mise en exploitation avec ses 2.650.000 m3 de minerai à teneur moyenne voisine de 2.000 g/m3 de cassitérite. Soit 5.300 tonnes de cassitérite ou 3.975 tonnes d’étain métal.

En ayant à l’esprit que ce site présente les mêmes caractéristiques d’exploitabilité que celui du Bois Vert, sauf que le minerai se situe dans un contexte beaucoup plus altéré et riche en micas, facilitant ainsi son mode d’extraction et de traitement.

Un essai d’exploitation fut tenté en juin 1973 mais qui fut arrêté prématurément pour avoir été implanté dans un contexte stérile situé beaucoup trop au Sud au toit du faisceau minéralisé. Ceci à la suite de contraintes d’occupation des sols.

Les sites du Bé et la Ville Foucrée, apparemment de moindre importance, peuvent également fournir un appoint de plus de 2.300 tonnes de cassitérite ou 1.725 tonnes d’étain métal. Sans compter sur une réserve substantielle d’argile kaolinique à la Ville Foucrée.

En dehors de la concession, ces recherches ont conduit à la découverte d’un site minéralisé jusqu’alors inconnu, même des gallo-romains, situé à peu de distance à l’Est du bourg d’Abbaretz (site de la Villeneuve-la Ribaudais). Ayant les mêmes caractéristiques morphologiques et structurales que celui du BoisVert, son potentiel s’élèverait à environ 900.000 m3 de minerai à teneur de 1.200 g/m3, soit 1.080 tonnes de cassitérite ou 810 tonnes d’étain métal. Ceci à l’issue d’échantillonnages par tranchées et travaux miniers conduits au moyen d’un puits de 22 mètres de profondeur et de 64 mètres de galerie.

Un essai de traitement fut conduit à la Villeneuve sur un volume de 60 m3, suivi par un essai d’exploitation à la Ribaudais lequel, malheureusement, fut implanté sur une zone stérile à la suite d’une erreur d’échantillonnage intervenu lors du relevé des tranchées.

Travaux de recherches réalisées de 2015 à 2018.

La société Variscan Mines, à capitaux principalement australiens, obtint un permis exclusif de recherches en avril 2015 englobant très largement le district de Nozay-Abbaretz.

Ses travaux se sont bornés à des recherches amont dans le périmètre de la concession S.N.M.O. Essentiellement basées sur une étude géochimique des sols, précédée d’une étude bibliographique, ces recherches ont mis en évidence des anomalies en arsenic et étain qui n’ont fait que confirmer ce que l’on connaissait déjà sur le parcours du faisceau minéralisé en surface. Ces recherches, réalisées à grands frais, pouvant être, à la rigueur, assimilées à un simple état des lieux dressé avant l’exécution de travaux plus importants.

Travaux qui, bien évidemment, n’eurent jamais lieu compte tenu du contexte social actuellement en vigueur en France

Since 2021-jul-01

 

LE PROBLÈME DE L'ARSENIC DANS LE PÉRIMÈTRE DE L'ANCIENNE MINE ...

QUAND L'ETAT OUVRE LE PARAPLUIE ...

Article publié le 5 Juil 19 à 15:43 sur le site actu.fr
https://actu.fr/pays-de-la-loire/abbaretz_44001/mine-terril-dabbaretz-lacces-restreint-suite-dune-pollution-larsenic-grillages-installes_25698910.html

Mine et terril d’Abbaretz : l’accès restreint à la suite d’une pollution à l’arsenic, des grillages installés.

À cause d'une pollution à l'arsenic, l'accès au site de la mine d’Abbaretz (Loire-Atlantique) va être restreint. Des grillages sont installés autour du terril.
Pollué à l’arsenic, le site de la mine ne sera plus aussi accessible qu’auparavant. (©L’Éclaireur de Châteaubriant)
C’est une décision lourde de conséquence, annoncée jeudi 4 juillet 2019, qui risque de faire grincer pas mal de dents. L’ancien site minier du Bois Vert, à Abbaretz (Loire-Atlantique), sera interdit à la majeure partie des activités de loisirs habituellement pratiquées sur les terrils. À cause d’une pollution à l’arsenic.
De nombreux habitants ont participé à la réunion publique organisée jeudi 4 juillet, par les services de la Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement (Dreal). Mohamed Saadallah, sous-préfet de Châteaubriant (Loire-Atlantique) Ancenis, a défendu la décision de l’État d‘interdire l’accès, dès cet été, à une large zone englobant les terrils.



Seul le chemin balisé et l’accès au sommet du terril restent praticables
Par conséquent, c’est la fin de la pratique du trail, des descentes des terrils en VTT ou en BMX. Terminées les balades à cheval ou les simples promenades en dehors du seul chemin balisé. L’accès au sommet du terril principal reste également possible.
 Le maire Jean-Pierre Possoz (accroupi à droite) parmi ses administrés, pendant une soirée mouvementée. (©L’Eclaireur de Châteaubriant)
Le maire Jean-Pierre Possoz, qui a toujours fait du terril un atout d’attractivité pour Abbaretz, est revenu sur cette décision.
C’est un moment qui n’est pas simple à vivre pour l’ensemble des élus de la commune. »
Des travaux ont déjà débuté sur le site, ce vendredi 5 juillet 2019. Ils visent à améliorer le balisage du chemin de randonnée, clôturer avec des grillages les accès aux zones incompatibles avec l’usage de promenade » et informer de l’interdiction d’accès par des panneaux.



L’arsenic principal responsable
Pour étayer cette décision, les autorités de l’Etat s’appuient sur les études réalisées par le Bureau de recherche géologique et minière (BRGM), qu’a détaillé Jean-Dominique Barbichon.
L’exploitation de cassitérite à ciel ouvert, aura permis, entre 1952 et 1957, d’extraire 3 750 tonnes de concentrés de minerai d’étain, par simple concassage et sans utilisation de produits chimiques. Le minerai extrait contient naturellement des minéraux sulfurés qui, sous l’effet des éléments météorologiques, libèrent les métaux qu’ils contiennent, comme le fer, le cobalt et, surtout l’arsenic. »
 Seule la promenade sur le chemin balisé sera désormais autorisée. (©L’Éclaireur de Châteaubriant)
En 2004, la concession est revenue à l’État, la commune restant propriétaire du foncier. C’est donc aux services de l’État, par l’intermédiaire du BRGM, que des études historiques et de vulnérabilité ont été confiées.
Depuis deux ans, nous avons effectué 180 mesures pour quantifier les éléments chimiques et une dizaine de prélèvements et d’analyses d’eaux souterraines dans les puits de particuliers. Il y avait des teneurs supérieures aux teneurs naturelles en aluminium, étain ou arsenic. »


L’ARS relativise la situation
L’évaluation des risques sanitaires laisse apparaître une possibilité d’ingestion et d’inhalation de poussières. C’est ce que relate Koulm Dubus, chef du service risque à la Dreal.
Le rapport qui nous a été soumis indique qu’en dehors d’une promenade le long du chemin de randonnée et sur la montée au belvédère du terril conique, les autres usages ne sont pas compatibles avec le site. Nous avons aussi identifié l’usage d’eau non compatible de deux puits à proximité du site. »
La représentante de l’Agence régionale de santé (ARS) a voulu relativiser, en montrant que les chiffres ne sont pas alarmistes.
La dose d’exposition chronique à l’arsenic représente un risque pour la santé. Les seuils officiels sont très protecteurs, chiffrés à un maximum de 1 pour 100 000. Ici, sur le site, nous sommes à 1,4. »


Les habitants s’interrogent sur cette décision

  • Un participant à la réunion, féru de géologie, a lui expliqué la présence naturelle d’arsenic dans le sol. « On cherche à nous faire peur et on dramatise la situation. »

  • Un autre Abbarois s’interroge :

    • L’espérance de vie est-elle plus faible chez nous que dans les communes comparables ? »

  • Un autre demande une étude sérieuse et chiffrée de la mortalité au cours des 50 dernières années

  • Quand un dernier s’interroge sur les effets sur la faune pourtant bien présente et en nombre sur le site.

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En rouge, le périmètre interdit aux activités.

©Préfecture de Loire-Atlantique

 

A LA SUITE DE CETTE RÉUNION, SUITE A MES INTERVENTIONS,  J'AI ÉTÉ INTERPELLÉ DE NOMBREUSES FOIS PAR DES HABITANTS DE LA COMMUNE QUI ÉTAIENT INQUIETS ...

Durant l'été j'ai été absent longtemps, vacances puis voyage au Liban. A la mi-octobre dans un premier temps j'ai étudié le sujet, me penchant sur l'arsenic et lisant de nombreux articles dont j'ai commencé une synthèse de 46 pages. C'est alors que mon ami Yves Lulzac, géologue minier m'a proposé un "coup de main" en me prêtant un énorme bouquin, des centaines de page en anglais, qui est une mine d'informations sur l'Arsenic.
Ce qui m'a permis de vérifier ce que j'avais écrit dans ma synthèse d'articles glanés un peu partout dans les milieux scientifiques.
Lors de l'une de nos rencontres avec Yves, j'ai l'idée de l’interviewer sur ce qu'il pensait de cette polémique et là je me suis dit que je pourrais ne pas rendre compte avec objectivité de notre entretien.
C'est ainsi que d'un commun accord nous avons décidé de faire appel à mon amie la journaliste écologiste, Laurence Jézéquel (c'est un pseudonyme) qui depuis quelques années consacre une partie de son temps à la recherche d'informations sur les mines et la recherche minière.
Quelques jours après Laurence venait à Nantes et je faisais les présentations puis laissait Yves et la miss, en tête à tête.
Le lendemain Laurence m'appelait pour me dire que leur entretien s'était bien passé et que le soir même je recevrai son texte.

L'INTEGRALITHÉ DE L'INTERVIEW DE LAURENCE ...

          LJ. A la suite d'une conversation téléphonique avec J-J Chevallier, que j'ai rencontré à plusieurs reprises lors de ses conférences à Toulouse puis à Lyon et Ste Marie aux Mines, et toujours dans le but de mieux comprendre le fonctionnement d’une mine métallique et les aléas qui peuvent en découler au cours et à la fin de son exploitation, j'ai rencontré un de ses grands-amis et mentor, Monsieur Yves Lulzac, qui a consacré sa carrière professionnelle à la recherche minière dans le cadre du Massif Armoricain. Ce dernier connaît bien la mine d’Abbaretz pour y avoir travaillé à différentes reprises, mais surtout pour être l’auteur d’une étude critique concernant l’exploitation elle-même ainsi que les nombreuses recherches qui y ont été effectuées par la suite dans le but de reprendre l’exploitation avant l’abandon définitif de notre pays de toute extraction de minerais métalliques. Je me suis donc rendu à son domicile nantais afin de recueillir ses impressions au sujet de cette décision administrative.

 

            YL. Bien sûr, je suis au courant de cette décision surprenante car j’étais loin de m’imaginer que le terril et les résidus de la mine puissent présenter un quelconque danger pour ceux qui entreprennent l’ascension de ce terril ou qui parcourent les terrains situés à proximité. Ce danger serait dû à la présence d’arsenic dans ces terrains.

 

            LJ. Oui, cela m’étonne aussi car j’avais toujours pensé que seul l’étain, ou plutôt la cassitérite, avait été exploitée. Alors d’où viendrait donc ce métal lourd qu’on appelle arsenic ?

 

            YL. Tout d’abord, je vous reprends tout de suite au sujet de ce que vous appelez un « métal lourd », ce qui ne veut rien dire. Je vois bien que vous cédez à la mode actuelle qui veut qu’un « métal lourd » rime obligatoirement avec le mot toxique. Bien sûr, il y a certains métaux de poids spécifique (ou densité) élevé, comme par exemple le plomb et le mercure, dont la toxicité est reconnue depuis longtemps pour les êtres vivants. Par contre, il y en a d’autres qui sont encore plus « lourds » mais qui n’ont pas la réputation d’être toxiques, du moins pas pour l’instant !.... Par exemple l’argent, l’or et le platine que l’on porte volontiers sur soi sous forme de bijoux. Il y a même des métaux très « légers » le béryllium par exemple, qui peuvent également être très toxiques. Et je ne parle pas de l’aluminium qui s’est vu classé, depuis peu, dans la catégorie des toxiques ! Alors, de grâce, cessez d’employer ce terme de « métaux lourds » qui ne signifie rien. D’autre part, je vous signale, que l’arsenic n’est pas un métal mais un métalloïde dont les propriétés sont différentes des vrais métaux. Mais, évidemment, on n’apprend plus cela à l’école de nos jours. Trop scientifique sans doute !...

            Ceci dit, et pour en revenir au sujet qui nous préoccupe, je vous précise que dans ce gisement d’Abbaretz, dont la gangue est principalement constituée de quartz ainsi que de micas blancs, il y a, en effet, d’autres minéraux en plus faibles proportions, dont la pyrite qui est un sulfure de fer, ainsi que l’arsénopyrite (encore récemment appelé mispickel) qui est un sulfure de fer contenant environ 46% d’arsenic. Notez que la pyrite peut également renfermer de l’arsenic, mais en faibles proportions.

            Cette arsénopyrite, qui n’a jamais été abondante sauf dans les niveaux inférieurs de la mine en fin d’exploitation, n’a jamais fait l’objet d’une quelconque récupération qui aurait pu, en qualité de sous-produit valorisant, être utilisé pour l’industrie chimique ou la métallurgie. La faiblesse des teneurs de ce minéral dans le minerai ne pouvait justifier une modification de la laverie dont la destination était uniquement centrée sur la récupération de la cassitérite.

 

            LJ. Ce qui veut dire que l’intégralité de cette arsénopyrite a donc été rejetée dans la nature ?

 

            Yl. Dans la nature, pas exactement, mais plutôt sur une aire de stockage aménagée à cet effet. En effet, une grand partie de ce minéral provient des appareils de classification (les bacs à piston aussi appelés jigs, ainsi que les tables à secousses) destinés à séparer la cassitérite de sa gangue. Je dis bien une grande partie du minéral car l’élimination de cette arsénopyrite ne pouvait pas être complète compte tenu des caractéristiques propres à ces appareils de classification qui ne pouvaient jouer que sur les différences de densités (poids spécifique) capables d’assurer la meilleure récupération possible de cette cassitérite.

            Cependant, en fin d’exploitation, étant donné qu’une trop forte proportion arsénopyrite passait dans le minerai utile et le rendait impropre à une vente dans les meilleures conditions (trop de pénalités), une tentative de récupération de ce minéral indésirable a été effectuée sur les appareils de finition (les tables à secousses) à l’aide de certains produits organiques tels que le fioul ou des xanthates. L’arsénopyrite, et la pyrite ainsi récupérées furent stockées dans des fûts de 200 litres qui étaient encore sur place, dans les anciens bâtiments de la mine dans les années 70.

 

            LJ. C’est donc pour cela que l’on retrouve une partie de cet arsénopyrite dans les déblais de la mine ?

 

            YL. Oui, mais en très faibles proportions dans le principal terril (ce que l’on nomme « la butte ») car ces déblais ne sont constitués, en principe, que des roches stériles qui se situaient de part et d’autre du gisement exploitable. Étant donné qu’il s’agissait d’une exploitation minière à ciel ouvert, il était obligatoire d’éliminer une partie de ces roches stériles pour assurer un talutage nécessaire à la bonne tenue des terrains dans leur ensemble. Je dis bien en principe car, en réalité, cette butte recèle un certain pourcentage de cassitérite et de minéraux accompagnateurs. En effet, dans ce gisement, le passage du minerai utile au « stérile » ne se fait pas d’une manière brutale et ne pouvait donc pas être conduit d’une manière parfaite. C’est pourquoi, à l’heure actuelle, nombre d’amateurs minéralogistes parviennent encore à récolter de beaux échantillons de cassitérite, surtout dans les zones ravinées lors de pluies récentes.

            Maintenant, pour ce qui concerne les rejets tabulaires de laverie, de granulométrie plus homogène et plus fine, il est certain que la proportion arsénopyrite doit y être un peu plus importante malgré le retraitement que les équipes de la Co.Mi.Ren. leur ont fait subir dans les années 70.

 

            LJ. Mais il doit en rester encore beaucoup si l’on considère les chiffres alarmants issus des nombreuses analyses effectuées par les services d’ANTEA et du BRGM de 2002 à 2009.

 

            YL. ANTEA et le BRGM ont effectué environ 177 analyses d’échantillons pour différents métaux dont principalement l’arsenic qui est considéré comme étant le plus toxique sur le site de la mine. A l’issue de ce travail, un rapport de synthèse de 240 pages à été rédigé en avril 2019 faisant état de toutes les possibilité de dangerosité en fonction de multiples facteurs tels que le type de fréquentation des lieux (promenade, jogging, VTT, pique-nique, etc), le poids de matière contaminée qu’un enfant ou un adulte est susceptible d’avaler au cours de ses activités sur les lieux, le poids moyen de ces individus, le comportement de l’arsenic pendant son parcours dans les voies digestives, etc, etc.

            Il s’agit d’un rapport d’une haute technicité destiné, non pas au grand public, mais à des spécialistes compétents dans ce domaine si particulier. Ce qui fait que la plupart des lecteurs de ce rapport préfèreront se rendre immédiatement au chapitre des conclusions et des recommandations. Ce qui est bien dommage car il est certain que si ce rapport avait été de lecture plus facile, il aurait peut-être contribué à convaincre les usagers du site de la mine à adopter plus aisément les directives plus ou moins contraignantes  prises par les autorités administratives.

 

            LJ. Oui, je suis au courant de ce rapport qui était primitivement destiné aux seuls services de la DREAL. Par la suite, cette institution a jugé utile de le diffuser sur l’internet, probablement dans un but de transparence. Mais, comme vous le dites, j’ai vite renoncé à le lire dans son intégralité !

            Mais, pour en revenir à ces résultats d’analyses, sont-ils donc aussi mauvais ?

 

            YL. Oui et non car certaines analyses montrent des résultats bien supérieurs à la moyenne générale des terrains stériles qui est ici de l’ordre de 40 grammes tonne (ou 40 ppm), c’est-à-dire 40 grammes de l’élément arsenic dans une tonne de terre. Par contre, sur les anciens déblais et rejets de laverie, les teneurs varient de 100 à 1136 ppm, les plus fortes teneurs ayant été enregistrées sur les rejets de laverie, ce qui est normal.

 

            LJ. Cela me semble énorme et j’imagine qu’il y a de quoi s’inquiéter vraiment !

 

            YL. Ces chiffres correspondent à des teneurs que l’on peut considérer comme tout à fait banales dans le cadre d’une exploitation minière d’étain filonien en roche, ce qui est le cas ici. Ce sont d’ailleurs des niveaux comparables de teneurs que l’on trouve habituellement dans les terres se trouvant au voisinage des filons minéralisés qui affleurent naturellement en surface, sans aucune intervention humaine qui aurait pu bouleverser leur environnement local. Et parfois on trouve même des teneurs beaucoup plus importantes.

 

            LJ. Mais pourquoi cet arsenic se retrouve aussi facilement dans les sols et pourquoi ne reste-t-il pas emprisonné dans les filons à étain ?

 

            YL. Dans la mine d’Abbaretz, l’arsenic se trouve sous la forme de sulfures associés à du fer. C’est le minéral appelé arsénopyrite que j’ai évoqué au début de notre entretien. A l’approche de la surface des sols, ce minéral tend à s’altérer et à se transformer en d’autres minéraux, des arséniates principalement, dont le plus commun est la scorodite, un arséniate de fer que tout amateur minéralogiste se doit d’avoir dans sa collection car il se trouve souvent sous la forme de belles cristallisations. Il peut se former aussi une vingtaine d’autres composés dont l’arsénolite qui est ce fameux oxyde d’arsenic responsable, jadis, de la plupart des empoisonnements criminels volontaires car il a un aspect de sucre en poudre et n’a pas de goût particulier.

            Cette arsénopyrite est un minéral « primaire », dont la transformation est tributaire de la nature et de l’acidité des sols. Le temps de cette transformation peut varier de quelques années à quelques décennies, voire quelques siècles, sinon plus. Cela dépend de la présence ou non de pyrite (le sulfure naturel de fer) qui est un minéral très commun mais qui, dans certains cas, peut s’altérer rapidement et libérer de l’acide sulfurique qui, à son tour, participera à l’altération de cette arsénopyrite et à la libération de l’arsenic qu’elle contient. Cet arsenic rentrera donc ensuite dans la composition de tous les minéraux secondaires que j’ai déjà évoqués, y compris cette arsénolite qui est un composé très soluble dans l’eau.

 

            LJ. Mais, dans ce cas, cet arsenic soluble ne devrait pas rester sur place mais plutôt se retrouver dans les ruisseaux et rivières de la région.

 

            YL. C’est peut-être le cas, et les analyses d’eaux effectuées dans les puits et forages de la proche région sembleraient le démontrer puisque l’on a relevé, mais très localement, des teneurs anormales parfois importantes, de l’ordre de 100 microgrammes d’arsenic dissout pour 1 litre d’eau. Sachant que la norme est d’environ 10 microgrammes pour l’eau de boisson. Il est évident que si l’on consommait cette eau quotidiennement pendant des années, on pourrait être victime d’une intoxication chronique, à l’égal de ce que l’on peut observer dans les eaux naturelles de certains pays comme à Taïwan, au Chili ou au Bangladesh.

            Mais attention ! Il n’est pas du tout démontré que cet arsenic provienne des déblais miniers dont il est question ici. Il peut très bien provenir des filons minéralisés profonds, ceux qui ont déjà été exploités, et ceux qui sont toujours enfouis et non exploités. En effet, dans cette région, les filons qui ont été exploités au Bois Vert ne sont pas les seuls, loin de là. Il y en a beaucoup d’autres qui ne demandent qu’à être exploités !

            L’arsenic que l’on décèle alors dans les eaux souterraines à proximité, ne provient donc que de leur environnement naturel sur lequel l’homme n’a absolument aucune prise. Mais, étant donné que la circulation des eaux profondes est très difficile à préciser dans le détail, surtout dans des terrains affectés de nombreuses cassures, il y a peu de chances pour que l’on puisse faire la part ici entre pollution naturelle et industrielle.

 

            LJ. Mais, si l’arsenic est parti dans les eaux de la région, pourquoi en trouve-t-on encore une telle quantité sur les déblais de la mine ?

 

            YL. Si une bonne partie de cet arsenic soluble est évacuée dans les eaux de ruissellement, puis dans les eaux souterraines, une certaine partie reste bloquée sur place sous forme minéralogique plus ou moins fine.

            Mais justement, ce qui m’étonne dans ce rapport BRGM, c’est que toutes les analyses effectuées concernent l’arsenic « total » contenu dans les déblais et rejets, sans faire la distinction entre l’arsenic soluble, donc très facilement assimilable par l’organisme humain, et l’arsenic bloqué sous forme minéralogique, donc plus difficilement assimilable malgré son court passage éventuel dans le milieu, pourtant très acide (acide chlorhydrique) de l’estomac humain.

 

            LJ. Mais, comment les responsables de cette étude auraient-ils pu faire la distinction entre ces deux formes d’arsenic, dont l’une est forcément invisible à l’œil nu ?

 

            YL. Je ne sais pas, c’est une question d’échantillonnage et de techniques analytiques. Mais au moins, je pense qu’ils auraient pu faire un inventaire un peu plus complet des espèces minérales présentes, par exemple, sur le site de la butte. Ils l’ont fait, mais d’une manière bien timide car les seuls minéraux qu’ils ont inventoriés ne concerne que le quartz, la tourmaline (un borosilicate complexe), les micas et l’argile.

            Ils n’ont pas vu la cassitérite ni arsénopyrite, ni même la pyrite éventuellement arsenicale, qui sont quand même présents sur le site, bien qu’en faibles proportions. D’ailleurs, pour s’en convaincre, il suffirait de traiter un échantillon de ces déblais au moyen d’une simple battée, cet instrument utilisé par les orpailleurs du monde entier. A chaque essai, on est sûr de récolter des traces de ces minéraux. Mais, évidemment, il ne s’agit pas d’une méthode très scientifique, inenvisageable dans le cadre d’une telle étude. Et y aurait-il une personne encore capable, au sein du BRGM, de reconnaître un petit grain d’arsénopyrite sous une loupe binoculaire ? Le souvenir du laboratoire des « minéraux lourds » du BRGM est probablement très lointain !

            Je suis persuadé qu’une bonne partie de l’arsenic « total » décelé sur place provient de cette présence d’arsénopyrite et peut-être aussi d’arséniates sous la forme de scorodite, elle-même peu soluble dans l’eau.

            Quant à l’étain, décelé aussi en teneurs anormales sur le site, il est évidemment dû à la présence de cette cassitérite qui est un minéral très stable, même en milieu acide. D’ailleurs, dans le cadre d’une recherche minière, il ne provoque que des anomalies géochimiques de très bas niveau, généralement difficile à interpréter. Heureusement, d’ailleurs, que cet élément ne soit pas classé dans les substances toxiques, car avec autant de teneurs anormales, le site d’Abbaretz serait encore moins fréquentable !

 

            LJ. Cela veut-il dire que vous vous servez de l’arsenic pour chercher des gisements d’étain ?

 

            YL. Oui, l’arsenic représente un bon traceur des minéralisations en étain, tungstène et or principalement. Mais, pour ce qui concerne l’étain, uniquement pour les gisements profonds, filoniens ou apparentés. Ce qui exclue les dépôts de cassitérite superficiels de type alluvionnaire (les plus fréquents et les plus riches dans le monde), dont la localisation ne nécessite pas d’analyses chimiques mais uniquement des prises d’échantillons « minéralogiques » à l’aide de simples battées comme je vous l’ai dit précédemment, ou de sondages spéciaux.

            L’arsenic est suffisamment mobile pour passer à travers certains terrains peu « transparents » comme par exemple les fameux limons qui font la richesse des terres du Finistère. C’est grâce à cette propriété que nous avons ainsi été capable de découvrir, vers la fin des années 60, les fameux filons à étain et cuivre de la région de Morlaix. Et aussi les filons à étain et tungstène de la région de Fougères qui, en surface, peuvent se manifester par des teneurs dépassant le kilo d’arsenic à la tonne de terre.

 

            LJ. Mais c’est effrayant ce que vous me dites-là. Les pauvres gens qui habitent sur les lieux doivent forcément en subir les conséquences !

 

            YL. Pas à ma connaissance. Mais il faut dire que dans cette région, et même ailleurs dans le monde, les gens n’ont pas l’habitude de consommer la terre de leurs jardins pour leur déjeuner ou leur souper !

            Il semblerait que l’arsenic ne se retrouve pas en fortes teneurs dans la végétation locale. Sinon, le bétail ne pourrait paître l’herbe de la région et le lait des vaches serait impropre à la consommation. Des études ont déjà été faites à ce sujet. Elles démontreraient que le facteur de concentration de l’arsenic dans les végétaux, les laitues si je me souviens bien, serait faible. Mais il semblerait que l’opinion des spécialistes sur ce sujet délicat ne fasse pas l’unanimité.

 

            LJ. J’en reviens à la présence de ces minéraux d’arsenic sur le site de la mine, arsénopyrite en particulier. Pourquoi les auteurs de cette étude ne l’ont-ils pas mentionnée puisque, comme vous le dites, il ne serait pas, ou très mal digéré et assimilé par un être humain. Cela aurait peut-être servi à diminuer le caractère dangereux du site et éviter toutes ces contraintes administratives.

 

            YL. S’ils n’ont pas vu cet arsénopyrite c’est probablement qu’ils ne l’on pas trouvé dans leurs échantillonnages et surtout dans les échantillons destinés aux analyses qui, à l’heure actuelle, ne réclament que des prises de petit volume.

            Mais aurait-il été bien pertinent d’entrer dans le détail d’une telle démarche ? Il valait mieux, dans ce cas, s’en référer uniquement aux teneurs en arsenic « total » qui pouvaient justifie