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Légende ou réalité ?
LES NAINS ET LES MINES

       Page réalisée en collaboration avec :

Laurence JEZEQUEL

&

Yves LULZAC

La crise sanitaire mondiale ayant frappé la région où Laurence était partie en mission de repérage pour une production télévisuelle. Notre amie écologue est rentrée en France l'an dernier.

Sa dernière interview d'Yves LULZAC l'avait, semble t'il, interpelée à propos des Nains et autres Lutins dont on parle souvent dès qu'il s'agit de travaux minier. Pour les Lutins, la légende fait la quasi unanimité...

quoi que, certains géologues ou mineurs vous diront que l'intuition n'est peut-être pas toujours le fait du hasard. N'est-ce pas Yves. 


Pour les Nains ...

Laurence a donc appelé Yves pour en avoir le cœur net.

Retranscription de l'appel de Laurence

LJ. De retour de mon périple qui ne s’est pas déroulé comme je l’avais prévu, et ayant un peu de temps libre, je me remets en mémoire notre dernière conversation dont le sujet principal, si je me souviens bien, portait sur ce que l’on nomme maintenant « l’après-mine ».

Je me rappelle qu’au cours de notre entretient vous aviez fait très rapidement allusion aux nains mineurs qui travaillaient autrefois dans les mines métalliques, ainsi qu’aux « lutins » avec lesquels, si j’ai bien compris, vous auriez été en rapport au cours de vos recherches. Pour moi, tout cela relève des éternelles légende liées aux mines, mais j’aimerais quand même bien savoir pourquoi vous les avez évoquées. En effet, cela m’étonne de votre part, vous qui n’aimez pas mélanger les genres, surtout dès qu’il s’agit de sujets dénués de bases scientifiques. Je serais très curieuse de vous entendre à ce sujet.

 

YL. Si j’ai bien compris, j’ai donc excité votre curiosité bien que, pour vous, il ne s’agirait que de légendes non fondées. A cela je dois répondre que vous avez raison, mais sur un point seulement, celui concernant les « lutins ». Cependant, pour ce qui concerne les hommes de très petite taille (les nains) ayant travaillé autrefois dans les mines, je dois vous assurer qu’il ne s’agit pas de légendes car, moi-même, j’ai été confronté à ce problème dans une mine bretonne, la mine de plomb de Plélauff dans les Côtes d’Armor. Non pas que je me sois trouvé nez-à-nez avec un de ces nains, mais parce que je me suis involontairement introduit dans leur environnement matériel quotidien.

Je ne vous en parlerai pas ici car il s’agit d’un sujet que j’ai déjà traité et publié et que j’ai transmis à J.J. Chevallier pour qu’il le rediffuse dans le cadre de ses dossiers.

           

Ainsi, vous aurez tout loisir d’en prendre connaissance et de méditer sur la réalité ou non de cette soi-disant légende.

           

Cependant, pour ce qui concerne les lutins qui fréquenteraient les mines en activité ou abandonnées, je peux vous assurer que, moi non plus, je n’en ai jamais rencontré un seul au cours de ma carrière.

           

Il ne semble pas que ce soit le cas pour ce qui concerne les mineurs en activité au Moyen Age, car très nombreux sont les récits qui mentionnent ces êtres, généralement de très petite taille, qui hantaient les galeries de mine, soit pour jouer de méchants tours aux mineurs qui ne les respectaient pas, soit pour les accompagner et, à l’occasion, pour les aider dans leur dur labeur.

           

Ces petits êtres ont surtout été évoques dans le folklore germanique sous les noms de « Kobold » et de « Troll ».

 

 

LJ. Tout cela est bien beau, mais où voulez-vous en venir puisque vous avouez n’avoir jamais rencontré ces êtres qui, bien sûr, n’existent pas ?

 

 

YL. Vous me semblez bien impatiente. Auriez-vous donc peur qu’un de ces êtres bizarre vienne vous rendre visite une nuit pour vous empêcher de dormir et vous prouver ainsi qu’ils existent bien ?

 

 

LJ. De ce côté-là, je suis bien tranquille car je suis vraiment persuadée qu’il ne s’agit que de légendes stupides comme on en entendait beaucoup au Moyen Age....

 

 

YL. Bon, je n’insiste pas, et vais donc vous raconter de quelle manière j’ai trouvé un gros gisement de tungstène dans la forêt de Coat an Noz, sur la commune de Belle-Isle-en-Terre dans les Côtes d’Armor.

           

Dans cette forêt, il existe une vieille galerie de mine ouverte à flanc de coteau et dont l’accès était facile, du moins autrefois. Cette galerie est connue des gens de la région sous le nom de « Toul al Lutun », expression bretonne signifiant « Trou du Lutin » bien en accord avec les croyances que tous les travaux souterrains inspirent au commun des mortels. Cette galerie, qui date du 18ème siècle, a été effectuée dans le but de rechercher du minerai de plomb car, à proximité immédiate, on distingue encore la traces des anciens travaux de recherches pour le plomb réalisés par le marquis de Goesbriant au 17ème siècle. On sait que ce personnage avait exploité un peu de galène mais ses travaux ne semblent pas avoir été très importants. Néanmoins, il existe quand même une parcelle de terre portant le nom de « Toul Plom » c’est-à-dire le « Trou du plomb ».

           

Au début des années 60, le BRGM, à entrepris une vaste prospection géochimique dans le centre Bretagne avec pour objectif la recherche du plomb, du zinc et du cuivre. Bien sûr, cette région de Bretagne était concernée mais les résultats que nous y avons enregistrés se révélèrent sans intérêt.

           

Je précise qu’à cette époque, le chef de mission qui dirigeait cette prospection n’avait pas un ordinateur pour passer agréablement son temps sans trop se fatiguer. Pendant que son équipe faisait son travail, il parcourait la région à pied, le marteau de géologue à la main, afin de chercher des indices qui pouvaient mieux orienter les recherches.

           

C’est au cours d’une de ses ballades dans la forêt de Coat an Noz, qu’il a découvert de nombreux éléments de minerai, non pas de plomb, mais de tungstène sous forme de wolframite, un minerai noir qui n’avait pour ainsi dire jamais été remarqué dans la région, sauf en faible quantité, à l’époque révolutionnaire, dans le « Toul al Lutun ».

 

 

LJ. J’ai déjà entendu parler de tungstène, mais je ne sais pas trop à quoi ça sert.

 

 

YL. Il s’agit d’un métal qui sert principalement à durcir les aciers et à fabriquer des outils de coupe. Il est aussi utilisé dans les industries électriques, électroniques et chimiques. Il est actuellement très recherché.

           

Cette découverte fortuite, donc, fut à l’origine de recherches plus importantes qui se soldèrent par la mise en évidence d’un gisement de grande surface mais avec des proportions de ce métal trop faibles pour faire l’objet d’une exploitation.

           

Étant donné que c’est moi qui étais chargé de ces recherches, il m’arrivait parfois de visiter cette galerie de « Toul al Lutun » qui avait le don de m’attirer, non pas dans le cadre de mes préoccupations du moment, mais plutôt pour sa proximité avec ces anciennes recherches de plomb. Occurrence que l’on savait pourtant dénuée de tout intérêt.

 

 

LJ. Vous me dites que vous vous promeniez tout seul dans cette ancienne galerie de mine. Mais n’était-ce pas dangereux de le faire car l’on sait que les mines sont toujours pleines de dangers ?

           

 

YL. Non, cette galerie ne présente pas de danger particulier, à condition de faire attention où l’on pose les pieds. En effet, s’il n’y a aucun risque d’éboulements, cependant cette galerie recèle un piège qui pourrait être mortel dans certaines circonstances. Il y existe ce que l’on appelle un « bure noyé », c’est-à-dire un puits intérieur profond d’environ 6 mètres dont la bouche est masquée par la couche d’eau, d’une vingtaine de centimètres d’épaisseur, qui occupe la totalité du plancher (ou la sole) de la galerie, et qui oblige donc à se munir d’une paire de bottes. Si on tombe dans ce puits tout habillé et avec ces bottes, et si en plus on ne sait pas nager (comme c’est mon cas !), on a peu de chance de s’en sortir, surtout si l’on est seul. Le tout est de connaître ce danger et de faire attention.

           

Mais pour en revenir à ce qui se passait en surface, au grand jour, les derniers travaux de sondages, qui devaient clôturer cette recherche dans la forêt de Coat an Noz, se terminèrent un beau jour en fin de matinée. Les sondeurs et leur matériel devant donc rejoindre un autre chantier sans tarder.

           

C’est alors qu’une idée me vint subitement à l’esprit. Pourquoi ne pas profiter du restant de la journée pour faire quelques sondages dans la zone des travaux du marquis de Goesbriant ?

 

           

LJ. Mais aviez-vous le droit de retenir ainsi une équipe de sondeurs et leurs machines pour effectuer des travaux qui n’avaient pas du tout été prévus et qui concernait un sujet sans aucun intérêt ?

 

           

YL. Oui, cela peut paraître inopportun mais, à l’époque j’avais affaire à un patron très compréhensif qui faisait entièrement confiance à son personnel et qui n’aurait jamais critiqué une petite entorse faite à un plan de travail. A l’époque on savait que la recherche minière n’était pas toujours strictement tributaire de programmes préétablis et qu’elle devait parfois tenir compte d’événements ou d’éléments nouveaux imprévisibles.

           

J’ai donc pris ce risque, en me persuadant que ma curiosité allait m’apprendre quelque chose d’intéressant. Au moins, ces sondages que j’allais entreprendre, auraient permis de se faire une idée sur ce que le marquis avait bien pu découvrir dans cette région. Chose que l’on ignorait totalement.

           

Le déménagement de la sondeuse s’étant effectué rapidement et le premier sondage ayant déjà atteint une vingtaine de mètres de profondeur, je m’attendais à voir apparaître des traces de galène, ce qui aurait été tout à fait normal. Mais au lieu de ce minerai, c’est un minéral blanc, très lourd, qui est sorti du trou en grande quantité. Tout de suite, je pensais à un minéral de gangue, par exemple à de la barytine que l’on trouve souvent en association avec la galène. Mais ce minéral avait décidément une drôle d’allure et, à tout hasard, je l’ai examiné avec une lampe spéciale à rayonnement ultra-violet, outil que l’on emploi souvent pour reconnaître facilement un minerai blanc de tungstène que l’on appelle la scheelite.

           

Et là, énorme surprise !... C’était bien ce minerai de tungstène, tout à fait inattendu à cet endroit où il n’existait aucun indice superficiel laissant supposer sa présence, qui sortait en abondance de la tête du sondage....

           

Et c’est ainsi, que fut découvert l’un de plus beau gisement de tungstène de France, si ce n’est d’Europe !

           

Gisement qui, rassurez-vous, ne sera pas exploité puisque vos copains écolos ont décrété qu’il valait mieux acheter ce minerai aux chinois plutôt que de le sortir de notre terre...

           

En fin de compte, quoi penser de cette histoire ? Pourquoi cette fixation sur le plomb du marquis, surtout lorsqu’il m’arrivait de parcourir cette vieille galerie ?

           

Pur hasard ou heureuse intuition pensèrent la totalité de mes collègues.

           

Sans doute ont-ils raison car l’intuition peut agir si l’on a acquis une bonne expérience dans un métier quelconque.

           

Et pourquoi pas le lutin de la galerie qui, m’ayant trouvé sympathique, m’aurait mis en tête cette idée, apparemment saugrenue, de m’intéresser au plomb plutôt qu’au tungstène ? ....

           

Mais si c’est vraiment ce lutin qui est responsable de cette découverte, j’aurais plutôt aimé qu’il me le dise de vive voix, au lieu de rester planqué dans un recoin de cette galerie !...

           

Qu’en pensez-vous ?

 

           

LJ. Que puis-je vous dire ? Moi aussi je pencherais pour le hasard intervenu à la suite d’une simple curiosité. Également pour une heureuse intuition induite par votre longue pratique de la recherche minière.

           

Quant au lutin, que certains qualifieraient de vigilant gardien des richesse minières détenues par Dame Nature, je n’y crois pas du tout, bien que je doive avouer que votre histoire me paraisse un peu troublante.

           

Mais, votre patron, qu’en a-t-il pensé ?

 

           

YL. Rien de particulier. En tous cas, il n’a jamais admis que cette trouvaille soit le fait du hasard. C’était un mot tabou bien que l’on soit obligé de le prendre en considération car il en existe de nombreux exemples par le monde.

 

           

LJ. Enfin, si c’est bien le lutin de la forêt de Coat an Noz qui vous a inspiré, vous lui devez une fière chandelle, comme l’on dit, et vous pouvez lui dire un grand merci. Mentalement, bien sûr, car je suis certaine qu’il restera toujours caché dans l’ombre de cette vieille galerie de mine et que vous ne le verrez jamais....

           

Maintenant, je repense à ce que vous m’avez dit au sujet de ce « piège » qui existe dans cette galerie. J’aimerais, un prochain jour, que vous me parliez des dangers liés aux exploitations minières, dangers que mes collègues se plaisent à évoquer dans le but de faire peur à leurs lecteurs, pour des raisons, d’ailleurs, que je me garderai bien de préciser ici...

 

           

YL. Pas de problèmes, bien que je ne sois pas mineur de métier mais plutôt géologue prospecteur, partageant la surface, le soleil, la verdure et les petits oiseaux, avec le fond, sombre, sinistre et plein de dangers…

 

Enfin, on en reparlera ...

A la lecture de cet interview, moi aussi j'ai voulu en savoir plus. De mes nombreuses recherches sur le net, j'ai retenu cet article, trouvé sur le site Internet d'une association d'une petite commune de l'Oisan, dans sa rubrique : 

 

"LE SAVIEZ-VOUS ?"

Tout y est dit ou presque !

Les nains des grottes de Mizoën, mythe ou réalité ? Association : freneydoisans.com

LES NAINS  DES GROTTES DE MIZOËN, MYTHE OU RÉALITÉ ?


On dit souvent qu’un fond de vérité est à l’origine de chaque légende… Et si la légende des « Nains des grottes de Mizoën » trouvait ses racines dans une réalité historique ?

Les nains et les Alpes


Cette légende (en fin d’article) n’est pas propre qu’au village de Mizoën, elle existe sous différentes versions, qui ont toutes pour point commun de situer l’histoire dans les Alpes (Françaises, Suisses et Allemandes).


Dans ces récits, les nains tiennent souvent un rôle ambigu, ni bon, ni mauvais, parfois farceurs ou manipulateurs, plus rarement, comme dans l’histoire des « Nains de Mizoën », ils s’en prennent aux bébés qu’ils volent dans un des villages voisins de leurs grottes et qu’ils remplacent par un autre enfant nain, une buche ou un petit cochon. D’autres récits moins joyeux relatent la disparition de villageois trop curieux partis à la recherche du trésor des petits hommes.


 Les nains sont différents des villageois leurs voisins. Ils sont par définition petits et habitent des cavernes ou des grottes. On les dit secrets, malins, n’ont pas ou peu de contact avec les habitants des villages alentours. Ce sont des gardiens de trésors, des maîtres des forges et dans les légendes, ils semblent maitriser une connaissance magique qui leur permettrait d’extraire et transformer des profondeurs de la terre, des richesses extraordinaires. Ce sont les mineurs des contes de fées et des légendes, surclassant tous les autres pour trouver les meilleurs filons (souvenez-vous de Blanche Neige et de ses 7 compagnons). Ils n’hésitent pas à utiliser la magie et toutes sortes de sortilèges pour préserver leurs secrets.

 

Deux hypothèses sont souvent avancées pour donner corps à la persistance des légendes des nains très répandues dans les Alpes.

 

La plus commune est de transposer la représentation des nains et de leur combat face aux hommes, à l’histoire du peuple Ligure (généralement décrit comme un peuple de petite taille et trapu) chassé par les Celtes (décrit comme un peuple de grande taille) en 300 avant J.-C.


L’autre hypothèse, aujourd’hui complètement écartée, faisait partie des nombreuses théories « scientifiques » entre le XVIIIe et milieu du XIXe siècle, avancées pour expliquer les nombreux cas de crétinisme présents dans les Alpes. Certains voyant des similitudes entre les êtres décrits dans les légendes et les « crétins des Alpes », qui, selon eux, disposaient de tous les traits caractéristiques des nains. Cette ressemblance (malingre, de petite taille, laid, geignard…) pouvant s’expliquer comme une réminiscence des attributs physiques du peuple nains, dont la race était différente de celle des hommes, race aujourd’hui disparu ou dissoute dans la population locale.
Il ne faut pas écarter aussi le côté pédagogique des légendes qui souvent cachent un message ou une mise en garde, en l’occurrence pour celle des nains de Mizoën, on parle de l’appauvrissement et de la dégénérescence d’un peuple qui adopte l’endogamie*. (L’endogamie étant un argument souvent avancé, à tort, pour les cas de crétinisme et goitreux des Alpes.)

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*Endogamie : Obligation, pour les membres de certaines tribus, de se marier dans leur propre tribu.

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Une troisième hypothèse peut être avancée aujourd’hui, grâce aux travaux de l’historien allemand, spécialiste des mines, Wilfried Liessmann.

Et si les nains des grottes étaient de véritables nains ou plus simplement des personnes de petite taille.


Cette dernière hypothèse mérite une petite explication.


Pour comprendre, il faut remonter le temps jusqu’au XIe ou XIIe siècle et prendre la route en direction de l’Italie, cap sur Venise. Nous sommes en plein Moyen-Âge, la Cité des Doges est alors toute puissante, immensément riche, c’est la capitale mondiale des arts, de la connaissance, du commerce entre l’orient et l’occident, le centre du monde économique médiéval.


Pour consolider et assurer sa position dominante, Venise possède et préserve trois trésors inestimables, qui, à cette époque, n’ont pas d’équivalent dans le reste du monde connu. Le verre bleu de Murano, les Miroirs parfaits et enfin, des montagnes d’or et d’argent dont la cité semble disposée de façon inépuisable. Ces trois trésors ont tous un facteur commun, ils dépendent tous d’un minerai qu’il faut extraire de la terre.

 

Le verre bleu de Murano.


L’une des grandes spécialités de Venise en ce début de XIIe siècle est le verre soufflé, et, plus particulièrement le verre bleu de Murano, que la noblesse de tous les pays civilisés s’arrache à prix d’or. Cette production fut délocalisée au début du XIIIe siècle de Venise vers l’île de Murano, qui, dit-on, était une prison dorée pour les maîtres verriers, qui ne pouvaient plus s’en échapper sans risquer la mort. Cette délocalisation était devenue nécessaire en raison des nombreux incendies dévastateurs survenus dans la cité des Doges, catastrophes récurrentes provoquées par les fours des verriers.
Les maîtres verriers disposaient à cette époque d’un inégalable savoir-faire pour souffler et teinter le verre. L’une des couleurs les plus remarquables est le bleu de Murano que l’on disait inimitable. Un verre tellement rare, qu’il devient à cette époque une monnaie d’échange contre d’autres valeurs. Ce bleu si instance était si apprécié et prisé, qu’au début du XIIe siècle une commande très importante fut passée pour décorer les 176 vitraux de la cathédrale Notre-Dame-de-Chartes.
Cette couleur si particulière est obtenue grâce au minerai de cobalt, lui aussi très rare. Minerai qui se trouve de l’autre côté de la chaine des Alpes.

 

Les miroirs parfaits.


Au Moyen-Âge et encore après la Renaissance, les miroirs sont aussi rares que l’or. Seuls les verriers de Murano parvenaient à fabriquer un verre suffisamment transparent et lisse, qui ne déformait presque pas le reflet. Miroirs, qui étaient selon certains récits, emprunts d’un pouvoir magique.

Cette transparence était obtenue grâce à un second minerai rare, le manganèse, gisements situés de l’autre côté des Alpes également.

 

Un trésor inépuisable.


Pour toute transaction, il faut une monnaie d’échange et à cette époque, comme aujourd’hui, l’or et l’argent sont des valeurs sûres, mais aussi très fluctuantes. Pour maintenir la capitale du négoce au sommet de la pyramide économique, les marchands vénitiens devaient trouver encore et toujours de nouveaux filons et extraire toujours plus de minerai. Les meilleures mines étaient dans les montagnes des Alpes françaises et allemandes.

C’est ici que les nains rentrent dans l’Histoire.


Personnages immédiatement identifiables par leur petite taille, ils étaient appelés « les Vénitiens ». Commandités par les verriers de Murano et les riches marchands de Venise, ils étaient devenus leurs prospecteurs et traversaient les Alpes à la recherche des meilleurs filons.


Ces êtres mystérieux et très secrets semblaient deviner où trouver les filons de cobalt, de manganèse, d’or et d’argent, grâce à une science qu’ils étaient les seuls à connaître. Leurs prospections étaient de loin les plus rentables. Très rapidement, les investisseurs italiens ont compris qu’il était dans leur intérêt d’utiliser le potentiel de ces mineurs atypiques, mais rentables. Un autre avantage avec les « Nains de Venise », et qu’ils savaient se faire discrets. Et si par malheur ils suscitaient une curiosité trop grande, ils savaient s’en préserver grâce à la superstition et les mythes qui les entouraient. Les histoires de magie, de maléfices, de sorcellerie les accompagnaient où qu’ils aillent. Les nains faisaient peur, et la population locale les évitait et restait à bonne distance de leur terrain d’activité. Ainsi, en toute clandestinité, les nains savaient trouver toute sorte de minerais, savaient aussi l’extraire, et en toute discrétion le rapporter à Venise. Toutes ses opérations, sans réveiller la vindicte des princes, seigneurs et villageois des territoires qu’ils prospectaient.


Mais d’où vient cette aptitude à découvrir les minerais ?


Le secret de ces prospecteurs réside sans doute dans leur capacité à bien observer la nature et surtout, décrypter par la lecture de la surface, les signes caractéristiques des trésors cachés dans le monde souterrain.


Pourquoi une telle aptitude chez les nains ?


L’hypothèse la plus probable est que les « nains » étaient en réalité des personnes de petite taille ou peut-être aussi quelques personnes atteintes de nanisme, qui de par leur morphologie était plus efficace pour se déplacer et travailler dans les galeries et boyaux pour en extraire la roche et minerai, et donc, auraient été plus sollicités pour ce type de prospection. Prospection, qui au fil des siècles leur aurait permis d’acquérir un savoir-faire et une connaissance, qui par simple observation leur auraient permis de détecter les sites les plus propices à la mise en place d’un chantier de fouilles plutôt qu’un autre. Des traces et quelques documents semblent étayer cette hypothèse. On peut citer une galerie découverte en Westphalie (Allemagne), où se trouve une de ces mines exploitées par les Vénitiens. Certains boyaux sont très bas et très étroits, très inconfortables pour un homme de taille normale (environ 1,60 cm au XIIe siècle), car la galerie principale ne dépasse pas 1,30 m de haut et certaines veines secondaires ne font pas plus de 50 cm de hauteur.


Il semble qu’il y a eu un amalgame et que ces mineurs de petites tailles, qui partaient par petits groupes pour prospecter dans les Alpes à la recherche des bons filons ait été pris pour des nains. Cependant, une chose troublante laisse planer un doute sur la nature exacte des prospecteurs, l’impressionnante liste des noms de rues, de places, de plaques de maison et de palais de Venise contenant le mot « nani » (nains en français).

 

Mythe ou réalité ?


L’histoire nous raconte donc que des prospecteurs, de petites tailles ou nains, avaient été diligentés par de riches marchands vénitiens, pour trouver des minerais rares, en toute discrétion, de l’autre côté des Alpes. Au fil des siècles, l’histoire endosse le manteau de la légende, les prospecteurs deviennent des nains mystérieux, magiciens, malicieux et voleurs d’enfants…

 

Pourquoi pas !

LA LEGENDE.


Sur les hauteurs de Mizoën, un groupe de nains vivait dans des grottes dont les entrées étaient masquées par une forêt dense. En contre bas se trouvait un village gaulois.


Gaulois et Nains vivaient en bons termes, sans se rencontrer, mais dans un respect réciproque. Les nains craignaient les géants gaulois qu’ils savaient bons guerriers, les Gaulois craignaient les nains qu’ils savaient magiciens et jeteurs de sortilèges.

Malheureusement les nains qui ne vivaient qu’entre eux, voyaient leur race souffrir de dégénérescence. Les nouveau-nés étaient rares et quand il en arrivait un, il était malingre, chétif, laid et braillard.

Les enfants gaulois, quant à eux, étaient gracieux, en bonne santé, et vigoureux.


Un jour, la femme du roi des nains décida de remplacer son enfant, braillard par un petit enfant gracieux. Tout d’abord son mari, le roi, protesta, par peur des représailles, mais face à l’insistance inébranlable de sa femme, céda et accepta de monter le soir même, le rapt de l’enfant gaulois.

La nuit était sans lune, l’expédition furtive et mal intentionnée, constituée du roi des nains, sa femme, son enfant geignard et de deux gardes, se dirigeait en direction du village gaulois.

La substitution de l’enfant fut faite, et les nains retournèrent dans leurs grottes avec le bébé gaulois.

Le lendemain, le peuple des nains découvrit avec stupeur ce nouveau bébé très beau, pendant qu’au même moment plus bas, sur les pentes de la montagne, la mère gauloise était effondrée sur le berceau en regardant son enfant devenu laid et braillard, sans doute, pensait-elle, à la suite d’une malédiction ou d’un sortilège.


La mère gauloise pleura si fort que ses sanglots atteignirent les hauteurs de Mizoën et touchèrent la petite reine qui fut prise à sont tour du remords de l’abandon de son enfant et la peine qu’elle avait causée à cette mère gauloise en lui volant le sien.


Elle décida sans écouter les protestations de son mari de retourner sans attendre au village gaulois pour rendre l’enfant des hommes et reprendre le sien.


La reine se présenta devant la porte et frappa fébrilement. La mère ouvrit, et, sans attendre, arracha le poupon gracieux, qu’elle avait reconnu immédiatement, des bras de la pauvre naine. Cette dernière tenta d’expliquer son geste, elle se confondit en excuses et en piteuses explications tout en récupérant son enfant malingre.


La Gauloise était rentrée dans une fureur épouvantable, criant, vociférant, menaçant, ameutant tout le village. Les nains terrifiés partirent avec précipitation se réfugier dans la forêt sans plus attendre.

Les Gaulois alertés par les cris de la femme quittèrent les travaux des champs et rejoignirent le village avec hâte.

Très rapidement, la mère les informa de la forfaiture du peuple nain. Un vent de colère guerrière se souleva dans le village gaulois, qui décida d’anéantir toute trace du peuple nain.


Comme il craignait la forêt et les nombreux sortilèges qu’elle renfermait, les Gaulois décidèrent de la brûler jusqu’au dernier arbre, ouvrant ainsi un passage sans risque jusqu’aux grottes des nains.

Des torches passèrent de main en main, les flammes montèrent et embrasèrent toute la montagne.

Les nains, terrifiés par la colère de leurs voisins, se réfugièrent dans les profondeurs de leurs grottes, et très rapidement prirent la décision de quitter les lieux en empruntant des passages confinés et étroits cachés, qu’eux seuls connaissaient. Sans se retourner, ils s’enfoncèrent dans les profondeurs de la montagne et plus jamais on ne les revit.


Avant de disparaitre définitivement, le Grand Magicien du peuple nain, amer et rancunier, décida de jeter un ultime sortilège. Il s’agenouilla, et planta ses doigts dans la terre de la forêt en flamme et invoquât le grand esprit des arbres et lui demanda de tarir le sol sous le brasier, et que de ces cendres plus rien ne repousse jamais jusqu’à la fin des temps. La forêt des nains devint ainsi le Désert de Mizoën, lieu que l’on observe encore aujourd’hui sur les hauteurs du village.

Quand les Gaulois arrivèrent à l’entrée des grottes, ils ne trouvèrent aucune trace des nains, qui s’étaient comme volatilisés. Par crainte de leur retour et d’un nouveau sortilège, ils décidèrent de faire effondrer toutes les entrées de grottes. On dit cependant qu’une d’entre elles aurait échappé à ce châtiment, et que quelques Mizoënets auraient aperçu furtivement, non loin des pentes du Rif-Tor, des petits êtres qui auraient disparu dès le premier regard, instantanément, comme par magie.

HEROS DES LEGENDES GERMANIQUES ET NORDIQUES...

LES WALEN

Les Walen ou les soi-disant Vénitiens étaient des prospecteurs et mineurs étrangers travaillant secrètement dans les régions germaniques durant le Moyen Âge ou la Renaissance, et mentionnés dans des sources écrites allemandes à partir du XVIe siècle. Ces Walen étaient considérées par la population locale comme des chercheurs d'or, bien qu'ils cherchaient probablement des minerais rares (cobalt, manganèse) pour l'industrie du verre (peut-être pour la République de Venise).

En raison de leur langue étrangère et de leurs actions incompréhensibles dans les montagnes pour les populations locales, ils devinrent des éléments légendaires du folklore allemand et d'Europe centrale : ils y apparaissent parfois comme des sorciers étrangers ou des créatures surnaturelles (sorte de lutins). Leur nom fut également rattaché aux prétendus « livres des Walen » et « symboles gravés des Walens », censés indiquer la localisation de trésors et de veines d'or.

Le terme Walen (ou Walhen, Wälsche, Welsche) dérive du germanique « Walh », qui désignait une personne parlant une langue latine ou romane. Walen désigne donc un « étranger », par rapport à sa langue, et non son ethnie ou son origine géographique.

Le terme souvent utilisé de Vénitien (allemand: Venediger, Vennizianer, Venezianer, Venetianer) se réfère à la prétendue origine de Venise de ces personnages : la ville était à cette époque la capitale mondiale de l'orfèvrerie de l'or et l'argent, de la taille des diamants et de l'industrie du verre. D'autres origines géographiques sont néanmoins mentionnées dans les documents d'époque : des origines en Italie mais aussi en France ou Espagne, et occasionnellement en Bohème ou Allemagne. Dans le sud de l'Allemagne, en référence au folklore local des Berggeist (de) (esprits des montagnes), ces personnages légendaires sont parfois mentionnés comme Venedigermandl ou simplement Mandl, et à Thuringe comme Erzmännchen.

Sources

Christian Gottlieb Lehmann: Nachricht von Wahlen, Frankfurt/Leipzig 1764 (En ligne [archive])

F. Wrubel: Sammlung bergmännischer Sagen, 1883

Heinrich Schurtz: Der Seifenbergbau im Erzgebirge und die Walensagen, Stuttgart 1890 (En ligne [archive])

R. Cogho: Die Walen oder Venediger im Riesengebirge, 1898

Leo Winter: Die deutsche Schatzsage, Köln 1925

Rudolf Schramm & Helmut Wilsdorf : Venetianersagen von geheimnisvollen Schatzsuchern. Leipzig: VEB Deutscher Verlag für Grundstoffindustrie, 1. Aufl. 1986, 2. Aufl. 1987, 3. Aufl. 1990

LES BERGLEUTE

Les Bergleute sont des créatures fantastiques du folklore germanique, décrits comme des nains. Ils sont mentionnés dès le xvie siècle, en Allemagne, dans les mines de diamant1.


Les Bergleutes (appelés aussi « petit peuple de la montagne » et « petits hommes de la montagne », ou Bergmännchen) sont apparus pour la première fois dans le folklore germanique, mais se sont rapidement répandus dans tout le folklore d'Europe de l'Ouest. Ils y sont décrits comme un peuple de nains mineurs.

Ils sont gais, généreux, pacifiques et travailleurs. Ils prennent notamment soin des animaux blessés, des vagabonds et des enfants perdus dans la forêt. Comme les nains de Blanche-Neige, ils vivent en communauté dans de jolies chaumières forestières, situées près de la mine où ils travaillent. On signale leur présence principalement au xvie siècle, près des mines de diamant. Ces nains sont extrêmement liés aux minerais enfouis dans la terre. Ils peuvent en ressentir les émotions et dialoguer avec eux. La légende dit qu'un jour, un Bergmann nommé Nickel baptisa de son nom un minerai auquel il était très attaché.

Symbolique
En général, les Bergleutes symboliseraient le bon samaritain, l'adulte protecteur animé de bonnes intentions, voir les parents, à l'inverse du Grand méchant loup, de la belle-mère et de l'ogre qui représentent les adultes pervers, et le risque couru par les enfants imprudents.

Source


Pierre Dubois (ill. Claudine et Roland Sabatier), La Grande Encyclopédie des lutins (1re éd. 1992) [détail des éditions] p.17

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