L'INTERVIEW CENSUREE

Il était une fois, une jeune journaliste, un peu écolo, qui voulait faire un article à propos de la recherche de l'uranium en Bretagne...

C'était sans compter sur la censure des rédactions...!

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Il est bien entendu que toute ressemblance avec... etc.  etc. Toutefois j'ai changé les noms et prénoms de la journaliste et de l'interviewé...

JJ Chevallier   

Entretien réalisé par Laurence Jézéquel, journaliste reporter indépendante.

      

       J’ai enfin pris rendez-vous avec Erwan Pencreac’h pour pouvoir m’entretenir avec lui sur ses activités passées à rechercher du minerai d’uranium en Bretagne durant les années 1956-1958. Ceci afin de me faire une opinion sur ce qui a bien pu motiver une telle démarche chez une personne qui, compte tenu de son cursus scolaire, aurait pu choisir une voie bien différente à l’abri des risques inhérents à une activité aussi malsaine et aussi destructrice pour notre proche environnement. Activité qui, Dieu merci, a totalement cessé en France, donnant ainsi l’exemple de ce qu’il conviendrait de faire à l’échelle de notre planète.

       L’entretien, que j’ai pu enregistrer, s’est déroulé dans mon domicile lorientais, Erwan profitant d’un passage dans notre région, de retour d’un « pèlerinage » effectué dans la région du Faouët, lieu de ses premières recherches.

 

L. J.

       Ainsi que je vous en avais entretenu par téléphone, j’aimerais que vous me disiez pourquoi avoir commencé votre vie professionnelle par la recherche de l’uranium en Bretagne.

 

E. P.

       Comme, vous le savez, les années 50 suivaient de peu la fin de la seconde guerre mondiale, époque au cours de laquelle il y avait beaucoup à faire en France, tant du point de vue reconstruction que du point de vue recherche de matières premières afin d’assurer, entre autres, notre indépendance énergétique grâce au nucléaire dont l’avenir paraissait plein de promesses. Bien sûr, à l’époque, j’aurais pu poursuivre des études universitaires pour, éventuellement, me spécialiser dans la radio que j’avais quelque peu pratiquée durant mon temps d’armée.

       Cependant, le hasard en a voulu autrement, ayant appris qu’une société de recherche d’uranium cherchait à embaucher du personnel de prospection avec un salaire tout à fait convenable pour le jeune débutant que j’étais à l’époque. Métier d’avenir pensais-je, avec en prime la possibilité de faire du terrain au grand air, chose qui me paraissait préférable, malgré certains inconvénients, au travail en atelier ou en bureau d’études, c’est-à-dire en « vase clos ».

       Et c’est ainsi que je fus immédiatement embauché en qualité d’aide prospecteur après avoir fait état de mon « pédigrée » et de mes qualités de dessinateur « semi industriel ».

 

L. J.

       Evidemment, l’époque était très différente de celle de maintenant, et les embauches semblaient se faire beaucoup plus facilement. Mais où avez-vous commencé à travailler et qu’avez-vous fait, étant donné que vous n’aviez aucune connaissance dans la pratique de ce métier ?

 

E P.

       En effet, je ne connaissais rien en matière de recherches de minerai de quoi que ce soit, aussi m’a-t-on expédié dans la région du Faouët, dans le Morbihan, pour seconder un prospecteur déjà en place depuis longtemps sur les lieux. Il fallait que j’apprenne « sur le tas ». En fait, le travail était très simple car j’accompagnais ce prospecteur d’un lieu de prospection à un autre, les trajets se faisant sur le siège arrière de sa petite moto, bien cramponné au conducteur car ce dernier roulait très vite, considérant que le temps passé en trajets était du temps perdu ! Et tout cela, bien sûr, sans casque ni tenue spéciale !

       Sur les zones choisies à l’avance en fonction de certains critères géologiques qui, évidemment, m’échappaient à l’époque, on parcourait les champs et les chemins en ayant à la main un compteur Geiger pour détecter tout augmentation anormale de la radioactivité gamma. Il suffisait, pour cela, d’avoir l’œil sur le cadran de l’appareil et de surveiller les fluctuations de son aiguille. Lorsque cette aiguille se déplaçait d’une manière anormale vers la droite du cadran, cela signifiait qu’il y avait là une anomalie qu’il fallait vérifier aussitôt. Pour ce faire, on creusait un peu la terre à l’aide d’un petit piochon pour voir si le déplacement de cette aiguille se confirmait ou non. S’il y avait, au fond du trou, une très nette augmentation de la radioactivité ambiante, on était presque certain que l’on avait, à cet endroit précis, un peu de minerai d’uranium et, si l’on insistait un peu, le minerai se manifestait au grand jour sous la forme d’un cailloux terreux montrant des traces jaunâtres ou verdâtres. Et là, quelle joie de découvrir ce caillou caché là depuis des siècles, voire des millénaires ! C’était très excitant !

 

L. J.

       Vous me parlez de radioactivité ambiante. Est-il bien réel que nous sommes environnés par de la radioactivité ?

 

E. P.

       Oui, nous sommes constamment soumis à des radiations de divers type, dont les rayons gamma qui proviennent de diverses sources : le cosmos, les roches qui nous entourent, en particulier le granite qui contient des minéraux plus ou moins riches en uranium et en thorium, le corps humain qui contient des faibles doses d’un isotope instable de potassium, etc. L’intensité de ce rayonnement varie donc dans des proportions assez fortes selon la nature du sous-sol. Il sera beaucoup plus fort dans certaines régions de France riches en granites plutôt que dans le Bassin Parisien, par exemple, où les calcaires sont dominants. Dans tous les cas cette radioactivité est facilement mesurable. On l’appelle le « mouvement propre » du lieu où l’on se trouve.

 

L.J.

       Quels sont donc les appareils capables de détecter une radioactivité gamma. Et pourquoi la seule radioactivité gamma alors que l’on m’a appris que ce n’est pas la seule ?

 

E. P.

       Oui, les seuls appareils employés pour la recherche d’indices uranifères sur le terrain, n’enregistrent que le rayonnement gamma, le seul qui soit facilement détectable car il peut traverser des corps inertes : roches, terre, argiles, etc, et, bien sûr, l’air qu’il est capable de parcourir sur des dizaines, voire des centaines de mètres si la source du rayonnement est puissante. Les autres rayonnements, alpha et béta, restant indétectables car incapables de traverser de la matière inerte, même de faible épaisseur.

       Les premiers appareils de prospection étaient d’ailleurs nommés gammamètres. Ils étaient équipés d’un tube Geiger. Au moment de mes débuts dans le métier, il y avait des appareils munis de 3 tubes Geiger (les SRAT 3 tubes), ainsi que des appareils munis de 9 tubes (les AVP 9 tubes) qui servaient à faire des relevés de détail et de grande précision. C’étaient les appareils de référence pour les mesures de radioactivité qui s’exprimaient (et qui s’expriment toujours actuellement) en chocs seconde, c’est-à-dire en nombre d’impacts gamma en une seconde.

       Malheureusement, ces appareils étaient très pesants et l’on se fatiguait vite à les porter sur des kilomètres à travers champs et talus ! Peu après mes débuts en prospection, un nouvel appareil est apparu sur le marché : le scintillomètre. Appareil très sensible, de réponse immédiate, et très léger comparé aux compteurs Geiger. Ce sont ces appareils que l’on utilisait pour « dégrossir » un terrain, soit à pied, soit en voiture. On avait d’ailleurs équipé une 2 CV Citroën pour faire de la prospection stratégique à petite vitesse (la prospection auto portée) sur tous les chemins accessibles ou, du moins, qui nous le paraissaient. Ce qui parfois nous conduisait au milieu de véritables fondrières… Et pour nous sortir de là, il nous fallait se faire aider par les cultivateurs du coin qui nous prenaient pour des fous pour oser s’aventurer dans des lieux où parfois leur tracteur avait du mal à passer ! Et là, je dois rendre hommage à ces braves 2 CV qui, malgré les tortures que nous leur faisions subir, tombaient rarement en panne !

 

L. J.

       Vous me parliez de pierres contenant du minerai d’uranium que vous mettiez au jour après les avoir détectées. N’y avait-il pas un certain danger à manipuler ainsi et sans protection des morceaux de minerai dont la radioactivité était quand même très importante ?

 

E. P.

       Bien sûr que non. Il n’y avait aucun danger à manipuler ces cailloux sans précautions particulières, sinon je ne serais plus de ce monde depuis longtemps !

       On nous apprenait à l’époque que l’activité gamma naturelle, omniprésente dans la nature, bien que très pénétrante (plus pénétrante encore que les rayons X), a la particularité de traverser les corps sans faire de dégâts significatifs. Je dois préciser ici que je parle bien de radioactivité naturelle et non pas de radioactivité artificielle, celle qui est générée dans les réacteurs nucléaires et qui est évidemment très puissante et dangereuse.

       Pour ce qui concerne cette activité gamma naturelle, même très supérieure à celle qui nous environne perpétuellement, on ne s’en préoccupait nullement sauf, éventuellement, dans certains cas particuliers, en galerie de mine principalement, lorsque l’on était en présence de minerai massif et très riche (la pechblende). Dans ce cas, il était recommandé de limiter le temps d’exposition à un certain nombre d’heures par jour.

       Mais ce sont des cas extrêmes et, entre nous, je m’étonne du comportement de certains personnages spécialistes en matière de radio protection qui s’enfuient, effrayés, à la vue d’un quelconque morceau de pechblende. Je me suis toujours demandé s’ils sont vraiment sincères et convaincus du soi-disant danger représenté par ce caillou, ou s’ils jouent la comédie pour impressionner et effrayer leur public…

 

L. J.

       Non, je suis persuadé que ces spécialistes sont sincères car on leur a appris à se méfier de tout ce qui est radioactif. Ils ne font qu’appliquer les directives qu’ils ont reçues même s’ils font parfois un peu de « cinéma » devant leur public. Mais c’est pour la bonne cause et pour respecter notre principe de précaution.

 

E. P.

       D’accord, je veux bien l’admettre, mais s’il avait fallu appliquer ces principes de précaution à cette époque, nous n’aurions rien fait… On faisait confiance aux techniciens du nucléaire, et on les croyait car nous étions convaincus de ne pas avoir affaire à des candidats au suicide ni qu’ils nous considéraient pour des cobayes.

       Tout cela est ridicule et je ne connais aucun acteur de la recherche de l’uranium, que ce soit sur le terrain ou en mine, qui ait subit des séquelles uniquement induites par la seule activité gamma. S’il y en avait eu, cela se serait vite ébruité et les survivants auraient multiplié les procédures afin de se faire indemniser. A l’image de ce qui se fait maintenant pour l’amiante, le plomb, le nickel, l’aluminium et j’en passe.

       Mais tout cela nous éloigne un peu de ce que j’étais censé raconter au départ.

 

L. J.

       Oui, j’admets que l’on cherche parfois à trop nous protéger. Mais c’est peut-être la faute du grand public qui ne cesse de demander d’avantage de protection contre les aléas de la vie.

       Mais, pour en revenir à vos débuts dans ce métier si particulier, je vois que vous y avez vite pris goût. Mais qu’elle était donc l’ambiance générale à cette époque, et que pensaient les propriétaires et les fermiers que vous rencontriez sur le terrain ?

 

E. P.

       Evidemment, l’ambiance générale n’avait absolument rien à voir avec l’ambiance actuelle, totalement négative pour tout ce qui touche le sous-sol et, surtout, l’uranium.

       A l’époque, personne n’avait d’idées bien précises concernant ce métal, sinon qu’il était promis à un bel avenir pour alimenter nos centrales électro-nucléaires. Ce qui veut dire qu’on n’avait pas peur de cet élément et les personnes que l’on croisait sur le terrain étaient plutôt intéressées par ce que nous faisions et posaient beaucoup de questions, souvent très pertinentes et sans idées préconçues. Certains, d’ailleurs, envisageaient d’effectuer des recherches sur leurs propres terrains, au cas où ils renfermeraient un gisement pouvant leur apporter un début de fortune ! Mais peu se sont lancés dans cette aventure…

       Quant à nous, les prospecteurs privés, nous faisions consciencieusement notre travail, en mettant le plus possible d’indices en évidence dans l’espoir de trouver « le gros gisement ».

 

L. J.

       Et vous, en avez-vous trouvé beaucoup de cet uranium tant convoité ?

 

E. P.

       Pour ma part, je n’ai pas trop à me plaindre car, une fois avoir acquis les connaissances voulues pour conduire efficacement mes recherches par moi-même, j’ai à mon actif la découverte de quelques indices mais qui, malheureusement, n’on pas abouti au « gros gisement » espéré, tout du moins, à cette époque.

       Pour alors, nos terrains de jeu se situaient sur les aires de granite si fréquentes en Bretagne. Et pour cela, notre document de base était donc la carte géologique à l’échelle du 1/80.000. Mais, bien vite on s’est aperçu qu’il y avait des granites plus « fertiles » en uranium que d’autres. En particulier certains granites du Morbihan (le massif de Pontivy par exemple) sur lesquels les meilleurs indices uranifères ont d’ailleurs été découverts.

       Notre mission était souvent de prospecter très largement autour d’un indice découvert en « auto portée ». Cela nous permettait parfois (mais pas toujours !) de confirmer l’existence d’une formation minéralisée potentiellement intéressante. C’est, par exemple, à la suite d’une telle démarche que j’ai découvert un bel indice dans la région de Moncontour. Indice qui se révélait en surface par une radioactivité très peu intense (seulement le double du « mouvement propre »). Pourtant, à seulement 1 mètre de profondeur, la pechblende, ce minerai tant convoité, est apparue. Malheureusement, cette minéralisation n’a pas été retrouvée à grande profondeur à cause de complications géologiques, et le site a été provisoirement abandonné.

       Nous prospections aussi sur des terrains à priori peu favorables mais qui pouvaient quand même nous réserver de bonnes surprises. Pour la petite histoire, j’ai encore souvenance d’un indice que j’avais accroché dans des circonstances un peu particulières dans la région de Belle-Isle-en-Terre (Côtes du Nord de l’époque). Je disposais alors d’un appareil à 3 tubes qui avait des problèmes de fonctionnement. L’un des tubes, arrivé en fin de vie, avait l’habitude de signaler périodiquement une anomalie fictive (on disait alors que le compteur « crachait » …). Anomalie généralement éliminée au bout de quelques minutes d’attente. Agacé par ce disfonctionnement et l’heure de midi approchant, je cherche donc un endroit convenable pour m’asseoir et « casser la croûte » tout en posant mon compteur allumé à mon côté. Ce compteur s’était mis à « cracher » et je le laissais faire en sachant bien qu’il finirait par se calmer. Pourtant, au bout d’une demi-heure, l’appareil ne semblait pas avoir retrouvé son bon fonctionnement. Intrigué mais persuadé d’avoir affaire à une anomalie fictive, un petit décapage du terrain s’imposait quand même à cet endroit. Ce fut la surprise quand je m’aperçus que la radioactivité augmentait à mesure que j’approfondissais mon décapage. J’avais tout bonnement posé mon appareil sur un filon uranifère que j’aurais probablement loupé si je ne m’étais pas arrêté pour manger ! Par la suite, cet indice a fait l’objet d’un petit travail minier qui n’a apporté qu’un faible tonnage de minerai.

       Je dois quand même préciser que, depuis ces années 50, d’autres terrains non granitiques se sont révélés également uranifères. Ce sont certains terrains sédimentaires que l’on ne trouve pas en Bretagne. Par contre, dans cette région on connaît des terrains sédimentaires gréseux qui sont parfois fortement radioactifs à cause de la présence de minéraux de zirconium riches en thorium. Au début, beaucoup de prospecteurs ont été trompés par cette radioactivité et ont perdu leur temps en recherches inutiles.

 

L. J.

       Vous parlez de minerai récupéré à l’issue de votre découverte faite un peu par hasard. Mais que faisiez vous donc de ce minerai ?

 

E. P.

       A l’époque, le CEA s’était engagé auprès des privés à acheter leur minerai, quelque soit le tonnage, au prix de 4.000 anciens francs le kilogramme d’uranium contenu, à condition que la proportion de métal dans le tout-venant ne soit pas inférieure à 0,2 %, c'est-à-dire 2 kilogrammes de métal pour 1 tonne de minerai. Ce qui nous incitait à extraire le plus possible de minerai à bonne teneur pour le vendre et récupérer ainsi des fonds pour amortir les frais de recherche.

       Beaucoup d’indices ont ainsi été exploités dans la limite des teneurs imposées, que ce soit en petits travaux superficiels (tranchées et petits puits) ou bien en mines à grande profondeur. Il reste donc énormément de minerai à teneur inférieure à 0,2 % pouvant être actuellement exploité avec des méthodes modernes et sûres.

 

L. J.

       Mais vous n’aviez pas d’ennuis pour ainsi pénétrer sur des terrains agricoles et y effectuer des travaux qui pouvaient être importants ? De plus, les propriétaires ne devaient pas toujours être satisfaits de savoir que l’on tirait beaucoup de minerai valable de leurs terres sans qu’ils puissent en profiter !

 

E. P.

       Non, il n’y a jamais eu de gros problèmes à ce sujet. Avant d’effectuer le moindre travail et, surtout afin de s’assurer l’exclusivité des découvertes faites et à faire, il nous fallait passer une convention, ou un contrat, avec le propriétaire du terrain. Ce dernier nous assurait cette exclusivité et nous autorisait à disposer du produit de nos recherches moyennant la promesse de remettre leurs terrains en état ou de les indemniser en cas de perte de récoltes. Cette indemnisation revenant bien sûr au fermier si le propriétaire n’était pas lui-même exploitant. Cette convention était assortie d’une somme forfaitaire de 1.500 francs anciens, qui lui était définitivement acquise. Cette convention nous mettait également à l’abri de toute recherches concurrentes car, à cette époque, la concurrence entre particuliers était rude et parfois même très virulente ! C’est pourquoi on s’attachait à « couvrir » largement nos indices avec ce genre de convention. Chose qui n’était pas toujours facile à effectuer, certains propriétaires nous la refusaient pensant faire eux-mêmes des recherches sur leurs terres, ou bien s’étant déjà engagés auprès d’un concurrent. Mais, chose impensable de nos jours, aucun refus n’était motivé pour des raisons écologiques ou environnementales. Ces mots étaient alors inconnus et tout bon cultivateur savait très bien que la nature reprenait vite ses droits pour peu que l’on s’avise de l’amputer de quelques hectares de végétation ou de quelques arbres.

       Mais, si les indices découverts s’avéraient très intéressants et prometteurs, ce genre de convention ne suffisait pas. Il fallait faire, auprès de la préfecture du lieu, une demande de permis exclusif de recherche (PER) pour pouvoir poursuivre efficacement les recherches tout en disposant toujours du produit de ces recherches. C’était définitif, et le propriétaire ou bien le concurrent, ne pouvait plus s’opposer à nos travaux, quelle que soit la richesse du gisement.

       Très rares ont été les oppositions à un PER accordé. On peut citer un cas où cela s’est produit dans la région de Bégard, dans les Côtes du Nord (à l’époque) et qui a donné lieu à une descente de gendarmerie pour permettre au bénéficiaire de PER de commencer ses travaux miniers.

       Il faut dire que parmi tous ces concurrents, il y en avait beaucoup qui pensaient réellement faire fortune en recherchant de l’uranium. A cette époque il y avait des mentalités qui s’apparentaient beaucoup à celles des chercheurs d’or en Californie ou au Klondike en Amérique du Nord. On avait encore l’esprit pionnier à cette époque.

 

L. J.

       Donc, si le comprends bien, tout le monde était alors d’accord pour rechercher cet uranium qui semble nous poser tant de problèmes actuellement. Pensez-vous s’il serait encore possible de remettre en exploitation nos mines d’uranium en France car, si je ne me trompe pas, nous sommes entièrement tributaires de l’uranium des pays étrangers pour assurer le bon fonctionnement de nos centrales ?

 

E. P.

       Pour cela, comme je l’ai dit plus haut, il faudrait que nos mentalités changent beaucoup et reviennent au bon sens et au pragmatisme de cette époque d’après guerre. Evidemment, il y aurait encore beaucoup d’uranium à exploiter dans notre pays mais probablement à des teneurs plus faibles que par le passé. Et aussi avec des moyens de traitement plus performants. En France, la mine métallique n’a jamais été à l’origine de grandes catastrophes environnementales sinon dans l’esprit de quelques soi-disant grands savants et experts dans l’art des mines. Et, de nos jours, compte tenu des nouvelles techniques et de l’esprit de responsabilité des mineurs, quoi que vous en pensiez, l’exploitation d’une mine d’uranium ou de tout autre métal, ne poserait aucun problème environnemental, ou s’il y en avait, ces problèmes ne seraient que passagers, les terrains miniers pouvant être affectés par la suite à des aires de loisir ou à des reboisements car, une fois de plus, la nature reprend vite ses droits et parfois même d’une manière très surprenante. Mais c’est là une chose que l’on évite d’ébruiter. Pour quelle raison ?

 

L. J.

       D’accord, la nature peut reprendre vite ses droits, à condition que les terrains ne soient pas pollués par des produits chimiques que toute exploitation minière rejette obligatoirement.

 

 

E. P.

       Ce que vous dites là n’est pas sérieux mais je vous le pardonne volontiers car je sais que le métier de la mine vous est totalement étranger, sinon à travers d’articles de presse tendancieux ou à travers de romans à la Zola. L’exploitation, par elle-même, consiste à extraire de la roche et du minerai par une méthode entièrement mécanique, méthode que l’on pratique dans n’importe quelle carrière de granulat à ciel ouvert. En mine, à grande profondeur, c’est pareil. Il n’y a rien de « chimique » dans ce processus.

       Maintenant, pour ce qui concerne le traitement du minerai, on peut faire appel, mais pas toujours, à des produits chimiques. Evidemment, ces traitements s’effectuent en « vase clos » à l’intérieur de bâtiments fermés et inaccessibles au public. Et, bien sûr, si ce traitement génère des rejets toxiques, ces rejets sont obligatoirement traités et neutralisés, soit pour être recyclés, soit pour être rejetés dans la nature. Aucun exploitant minier sérieux ne s’aviserait à risquer d’empoisonner le voisinage sachant très bien qu’il serait vite contraint de cesser ses activités et de payer les dégâts. Cela tombe sous le sens et s’il y a eu, par le passé, des cas d’irresponsabilité de ce genre dans certains pays, je peux vous assurer que chez nous aucun exploitant n’y trouverait le moindre bénéfice.

       Mais, après la fermeture d’une exploitation, il y a malheureusement toujours des personnages, totalement ignorants dans l’art des mines qui se plaisent à affoler leur public avec des arguments tronqués ou fallacieux. C’est un bon moyen, pour ces individus, de se donner de l’importance et de sortir de leur médiocrité.

 

L. J.

       Ce que vous dites est peut-être vrai, mais il existe quand même, dans certains pays, des exploitants peu scrupuleux qui n’hésitent pas à contaminer des populations vulnérables. Je pense en particulier, et bien que cela sorte quelque peu du sujet de notre entretien, à tous ces orpailleurs qui travaillent illégalement dans notre département de Guyane et qui rejettent dans la nature de grosses quantités de mercure toxique. Cela, vous ne pouvez le nier.

 

E. P.

       Voilà encore un bel exemple de désinformation propagé par des personnages de mauvaise foi ou totalement ignorants en matière d’orpaillage.

       Bien sûr ces orpailleurs, pour récupérer les fines particules d’or qu’ils extraient des cours d’eau guyanais, utilisent le procédé d’amalgamation à l’aide de mercure métallique. C’est un procédé connu depuis fort longtemps et qui est très simple à mettre en œuvre. Pour libérer l’or de l’amalgame ainsi obtenu, il suffit de le chauffer dans un récipient hermétique muni d’une ouverture par où s’échappe le mercure sous forme de vapeurs. Ces vapeurs pénètrent ensuite dans un second récipient froid dans lequel elles se condensent pour former à nouveau du mercure métallique prêt à être réutilisé. On travaille ainsi en circuit fermé à l’aide d’un appareil léger, simple, et facile à mettre en œuvre dans n’importe quelle condition de terrain. Et, chose particulièrement importante pour l’orpailleur, la récupération intégrale de son mercure lui permet de ne pas trop se charger d’un métal aussi lourd à transporter et surtout, et là j’insiste bien, de limiter ses frais car le mercure coûte très cher. Et, contrairement à ce que l’on peut imaginer, les orpailleurs ne font pas toujours fortune, loin de là. L’or qu’ils récupèrent leur permettant d’assurer tout juste leur quotidien et, pour les plus chanceux d’entre eux, de s’assurer une petite retraite, d’ailleurs pas toujours très confortable. Donc, inconcevable pour eux de gaspiller leur mercure. Ils n’en tireraient aucun bénéfice, bien au contraire !

       Maintenant, si on les accuse de tous les maux, ce n’est pas à cause de leur mercure mais plutôt du fait qu’ils pratiquent une activité illégale qui, bien sûr, échappe au contrôle de l’Administration et de ses taxes. Mais cela, on évite d’en parler !

       Après, il est toujours facile de faire dire aux populations autochtones qu’elles sont victimes d’empoisonnement. Moyennement, bien sûr, quelques compensations….

       Pour ce qui me concerne, je ne suis jamais allé en Guyane pour vérifier ces faits, mais vous pouvez toujours interroger des orpailleurs ou, mieux, des personnes indépendantes ayant été chargées d’enquêter auprès des orpailleurs afin de mieux les organiser et de les conseiller pour qu’ils orientent mieux la conduite de leurs activités. C’est ce qui a été fait dans les années 70 et 80 par des agents du Bureau de Recherche Géologique et Minière.

       Vous voyez, encore une fois, de quelle manière on peut tromper son monde pour tout ce qui touche l’extraction d’un quelconque minerai dont l’humanité ne pourrait se passer, à moins de retourner à l’âge de la pierre. Bien que cette pierre là, il fallait bien l’extraire de quelque part !...

 

L. J.

       Mais, si l’on se décidait à reprendre l’exploitation de l’uranium en Bretagne, à quel endroit cela pourrait-il se faire ?

 

E. P.

       Il y a une multitude d’indices répertoriés qui mériteraient un complément d’études avant une éventuelle exploitation laquelle, je vous rassure serait de courte durée car les très gros gisements d’uranium ne semblent pas pouvoir se trouver en Bretagne. Les principaux départements intéressés seraient en priorité le Morbihan et les Côtes d’Armor où des centaines d’indices sont connus, certains ayant déjà fait l’objet d’une petite exploitation, voire d’un simple « écrémage » comme je vous l’ai déjà dit. Vous situer tout cela sortirait du cadre de notre entretien mais, ultérieurement, il me serait toujours possible de vous fournir quelques plans pour vous donner une idée sur ce qu’il resterait à faire. Mais, entre nous, je doute un peu que ce sujet puisse vous intéresser outre mesure sinon, peut-être, pour organiser à l’avance quelque comité de défense contre l’ouverture d’une carrière ou d’une mine…

 

L. J.

       Non, loin de moi cette idée. Bien sûr, je suis un peu comme tout le monde et je crains que ceux qui seront chargés de ces travaux ne respectent pas toujours les règles de bonne conduite à ce sujet.

       J’avoue avoir un peu de mal à me ranger à vos idées sur les mines, mais je me pose quand même des questions et je me demande si je ne devrais pas être un peu plus critique envers ceux qui rejettent systématiquement tout ce qui touche à ce genre d’activité sans chercher à réfléchir.

       En effet, il faut bien admettre que la plupart des matières premières dont on a besoin à l’heure actuelle : les métaux pour nos industries, le ciment pour nos maisons, le gravillon et le goudron pour nos route, le pétrole pour nos matières plastiques et nos véhicules, etc., toutes proviennent de mines ou de carrières.

       Bien sûr, on pourrait tout acheter en dehors de notre pays mais serait-ce bien sérieux et serions-nous assez riches pour cela ?

       Cela demande réflexion et, finalement, je suis bien contente d’avoir eu cet entretien avec vous.

       Et j’espère que vous m’accorderez un autre interview si j’éprouve la nécessité d’en savoir un peu plus sur ce sujet délicat !...

 

E. P.

       Pas de problème. Toujours à votre disposition si vous le jugez utile.

Travailler sérieusement sans se prendre au sérieux !

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