L'ETAIN ARMORICAIN

Par Yves LULZAC, ancien géologue minier du BRGM

Article paru dans Mines & Carrières

N° 196 - octobre - 2012 (Hors série)

avec l'aimable autorisation de l'auteur

PROVINCE NORD ARMORICAINE

DISTRICT DE MONTBELLEUX

Il concerne les communes de Luitré, la Selle-en-Luitré, Dompierre-du-Chemin et Parcé dans le département d’Ille-et-Vilaine.

De la wolframite, et accessoirement de la cassitérite, avaient été signalées dès 1846 dans l’arrondissement de Fougères par Bertin et Maupillé, puis redécouvertes en 1903 sur la butte de Montbelleux en Luitré par Fernand Kerforne, alors chargé de conférence à la Faculté des Sciences de Rennes (F. Kerforne, 1926).

Depuis, des travaux de recherche et d’exploitation se sont succédés de 1907 à 1983, tout d’abord centrés sur la wolframite (de 1907 à 1958), puis sur la cassitérite et la wolframite (de 1958 à 1983).

Ces travaux ont porté sur deux gîtes primaires en roche dure, d’un type très original dans le cadre du Massif Armoricain puisque leur âge les place, non plus dans le cortège des granites hercyniens armoricains, mais dans une phase tardive de l’orogénie cadomienne datée d’environ 450 millions d’années. Ils sont intrusifs dans l’horizon schisteux briovérien (antécambrien) du bassin de Fougères.

Le premier de ces gîtes primaires consiste en un faisceau de cinq filons quartzeux parallèles entre eux sur un front de 130 mètres de large et sur une extension longitudinale d’environ 300 mètres suivant une direction NE-SO. Ils sont essentiellement wolframifères. Leur puissance n’excède guère les 50 centimètres et ils se trahissent sur la surface topographique par une belle nappe d’éboulis qui aurait pu attirer le regard des anciens prospecteurs, mais sans pour autant retenir leur attention puisque la cassitérite y est toujours très rare, sinon inexistante.

Le second gîte primaire se présente sous la forme d’une lame de granite plus ou moins greisenisé dans sa masse et parcouru par une multitude de veinules quartzeuses minéralisées en wolframite et cassitérite en proportions à peu près égales. Cette lame, longue d’environ 300 mètres et d’une largeur moyenne de 30 mètres se situe sur le prolongement nord-est du faisceau wolframifère.

En surface, le granite plus ou moins arénisé n’offre aucun affleurement naturel susceptible d’attirer le regard. Cependant, à l’époque de sa redécouverte, quelques dépressions en forme d’entonnoir, peu profondes et encombrées de débris quartzeux, y avaient été remarquées. Elles furent considérées comme des exploitations antiques d’étain bien que l’on n’ait jamais recueilli d’autres vestiges pouvant étayer cette hypothèse. Leur ancienneté demeure très discutable et elles pouvaient très bien correspondre à de petites exploitations d’arène granitique, matériau autrefois très utilisé dans certains travaux de maçonnerie, à condition de le débarrasser de ses éléments grossiers.

D’ailleurs, il faut remarquer que la tranche affleurante de ce granite altéré ne fournit qu’une cassitérite de granulométrie fine et difficilement visible à l’œil nu, mais dont la teneur peut quand même atteindre les 600 g/m³ au maximum.

Néanmoins, s’il s’agit bien d’une ancienne exploitation minière, la quantité de cassitérite extraite n’aurait probablement pas dépassé la tonne.

A environ 2 km au sud-est de cet ensemble, d’autres structures filoniennes minéralisées en cassitérite et arsenopyrite ont été découvertes récemment dans le massif granitique de Dompierre. Il s’agit d’un large faisceau de veinules quartzeuses localisé près du village des Quatre Sillons, ainsi que de filons mieux individualisés et plus puissants qui recoupent la bordure nord-est du granite non loin des villages du Souchay et du Montoger. La cassitérite n’y est jamais abondante. Très peu visibles en surface, ces formations semblent avoir échappé au regard des anciens prospecteurs.

De même, aucune trace de travaux antiques ou modernes n’a été remarquée dans les alluvions déposées autour de la butte de Montbelleux. Ces formations, bien étudiées au moyen de nombreux sondages profonds, se sont toujours révélées très pelliculaires, de faible volume, et très peu minéralisées en cassitérite. Ce dernier point demeurant parfaitement compréhensible quand on connaît l’étroitesse et la pauvreté en surface de leur unique source primaire.

 

De nos jours, l’exploitation épisodique des deux gisements de Montbelleux n’a finalement produit qu’une quarantaine de tonnes de cassitérite et 230 tonnes de WO³.

Par contre, les réserves calculées récemment ne supportent aucune comparaison puisqu’on les estime à plus de 5 000 tonnes d’étain métallique, et plus de 7 000 tonnes de WO³ à teneurs considérées comme économiques à l’heure actuelle (Y. Lulzac, 1986).

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Mine d'étain de Montbelleux, installations de traitement du minerais.jpg
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