L'ETAIN ARMORICAIN

Par Yves LULZAC, ancien géologue minier du BRGM

Article paru dans Mines & Carrières

N° 196 - octobre - 2012 (Hors série)

avec l'aimable autorisation de l'auteur

PROVINCE SUD ARMORICAINE

DISTRICT DE PENESTIN

L’évocation maintes fois relatée de cette partie de côte située non loin au sud de l’embouchure de la Vilaine, pourrait faire croire à l’existence, sur la plage de Penestin (Morbihan), d’un très gros gisement d’étain qui aurait été exploité de l’Antiquité à l’époque moderne.

En réalité, rien ne permet d’affirmer que ce site fit l’objet d’une quelconque exploitation dans les temps anciens si ce n’est le toponyme lui-même " Penestin " dont la signification exacte, encore discutée de nos jours, viendrait du breton Penn = Tête ou Pointe, et Stein = Etain.

Il est évidemment impossible à l’heure actuelle de déceler la moindre trace de travaux anciens ou même modernes dans un milieu aussi mouvant qu’une plage en bordure de mer.

L’information la plus ancienne que l’on possède sur ce lieu se résume en des travaux d’exploitation réalisés en 1851 et 1852 par un mineur anglais (Wellington) et son associé (Bonnefin) qui abandonnèrent la mine de Piriac avant sa mise en sommeil en 1854. Probablement attirés par le toponyme évocateur, ils se mirent en devoir de laver les sables de la plage dont ils auraient extrait 750 kg de cassitérite ainsi qu’une centaine de grammes d’or (d’où le nom actuel de " plage de la mine d’or "…).

Depuis lors, d’autres tentatives d’exploitation se sont succédées jusqu’en 1944, non plus en vue de récupérer uniquement l’étain et l’or, mais aussi les minéraux accompagnateurs (corindon, spinelle, grenat, topaze, etc.) pouvant trouver une utilisation dans l’industrie des abrasifs.

Toutes ces tentatives se sont soldées par des échecs bien qu’une tonne de cassitérite, ainsi qu’une centaine de grammes d’or, auraient encore été extraits durant cette période d’activité.

De 1950 à 1960, des sondages entrepris sur la plage par le B.R.G.M. ont démontré la présence de cassitérite mais à des teneurs dépassant rarement les 50 g/m³ dans le sable tout-venant ; cette teneur pouvant être largement décuplée dans le seul niveau des " sables noirs ".

Ce dernier niveau, épais de quelques centimètres, se rencontre le plus souvent enfoui à faible profondeur dans le cordon sableux de la plage. Il s’agit d’une concentration naturelle de minéraux denses provoquée par effet de marnage et qui a constitue l’essentiel du minerai exploite depuis 1851. Ce qui explique les très fortes teneurs en cassitérite souvent annoncées par les prospecteurs au cours de leurs travaux de recherche, mais aussi la médiocrité des tonnages extraits et vendus.

L’origine de cette cassitérite est à rechercher principalement dans les sables probablement pliocènes qui coiffent le sommet de la falaise en bordure de plage, mais dont la teneur d’ensemble est extrêmement faible (de l’ordre de 5 g/m³). Seules des traces de cassitérite dans le réseau hydrographique trahissent la proximité de ce dépôt marin.

On trouve également de la cassitérite en faible quantité au sein de certaines fissures quartzeuses dispersées dans le soubassement micaschisteux de la falaise, ainsi que dans des passages granitiques pegmatoïdes dont un exemple est encore visible dans la microfalaise de Coëtsurho (teneurs de 50 à 100 g/t de cassitérite) (Y. Lulzac, 1970). En excluant les formations amphibolitiques de Tréhiguier et de Billiers, minéralisées en grenat andradite et non pas en cassitérite comme on le pensait autrefois.

Tous ces gîtes primaires n’ont jamais fait l’objet d’une quelconque exploitation minière.

 

D’autres concentrations marines de minéraux denses sont connues au nord de la baie de la Vilaine, en particulier sur la plage de Bétahon (commune d’Ambon) où le pourcentage de cassitérite peut atteindre localement des niveaux élevés (plus de 3%). Leur potentiel minier est insignifiant et l’on doute que ces sables aient retenu l’attention des Anciens, bien qu’un toponyme en " Palud Stean " (marécage de l’étain ?) connu sur cette même commune puisse le laisser supposer (L. Chauris, 1991)

District de Penestin.jpg

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