TECTITES

Moldavite

Les tectites (du grec τηκτ́ος = fondu) sont des fragments de verre naturel d'impact météoritique, de taille centimétriques à décimétriques.

La première allusion les concernant dans la littérature scientifique remonte à 1787. Elles étaient alors considérées comme une catégorie de verres volcaniques et parentes lointaines des obsidiennes. Les tectites furent étudiées en 1844 par Charles Darwin (1809-1882) qui pensait être en présence de bombes volcaniques. Leur nom fut donné en 1900 par le géologue autrichien Eduard Suess (1831-1914) qui voyait en elles des météorites vitrifiées.

De nombreuses autres hypothèses ont été envisagées pour expliquer l'origine des tectites : objets vitreux d'origine humaine, résidus d'une planète du Système solaire ou d'une comète, fulgurites (sables fondus sous l'effet de la foudre), fragments du sol lunaire projetés sur la Terre lors de l'impact d'astéroïdes ou de comètes sur notre satellite, ou même restes de laves projetées vers la Terre par l'activité volcanique lunaire. Cette dernière hypothèse a eu quelques partisans jusqu'à la fin des années 1970, mais elle ne résiste pas à l'analyse, puisqu'elle sous-tend que la Lune est encore un astre géologiquement actif, ce que les différentes missions Apollo ont formellement démenti.

Eduard Suess.

La seule hypothèse qui résiste à un examen poussé, et qui est aujourd'hui universellement retenue, est d'ailleurs de loin la plus simple et la plus logique : les tectites sont des fragments de roches sédimentaires terrestres, arrachés du sol lors d'importants impacts météoritiques, fondus sous l'effet du choc et figés sous leur forme vitreuse à la suite du refroidissement brutal qu'ils subissent pendant leur trajet dans l'atmosphère, entre le cratère d'impact dont ils sont issus et leur site définitif.

Certains spécialistes modernes ont tendance à associer dans un groupe unique les impactites et les tectites. C'est une erreur et il est nécessaire d'examiner ce qui les différencie.

Toutes leurs caractéristiques attestent d’une origine impactique. Leur composition chimique permet de dire qu’elles proviennent de la matière terrestre et non pas de la matière du bolide impactant.
Les tectites se produisent quelques nanosecondes avant l’impact d'un énorme astéroïde (bolide) sur la Terre, vitesse de déplacement aux environs de 20 km/seconde (72 000 km/h).
La couche d’air comprimée entre l’astéroïde et la surface terrestre, pression ± 50 000 atmosphères, devient un plasma, température +ou- 30.000°C.
La matière terrestre de surface est alors vitrifiée et éjectée à très grande vitesse latéralement. La roche en fusion part alors dans l’atmosphère avant de retomber sur Terre parfois à des centaines et même des milliers de kilomètres.

La trajectoire balistique parabolique des gouttes de verre en fusion, à plusieurs km par seconde, peut se décrire en trois phases (voir schéma) :

Trajectoire balistique des tectites

1 Phase montante à très haute température à travers l’atmosphère
2 Transit à très haute altitude ou dans le vide spatial
3 Phase descendante

Durant ces trois phases les phénomènes physiques vont modeler la forme de ces « gouttes de verre »
La complexité de ce qui peut se produire sur la trajectoire explique la variété des formes.

Pendant la première phase atmosphérique, la forme est donnée par l'interférence entre les forces de cohésion visqueuse, les forces centrifuges (en cas de rotation) et l'aérodynamisme (force de frottement et résistance à l'avancement).

Pendant le trajet dans la très haute atmosphère et le vide spatial, seules interviennent des forces de cohésion visqueuse (type tension superficielle) et les forces centrifuges en cas de rotation.

Pendant la troisième phase, atmosphérique, si la solidification a déjà eu lieu, l'aérodynamisme intervient seul avec ses frottements, sa fusion superficielle et l'ablation dues aux frottements… Si la solidification totale n'a pas encore eu lieu, toutes les autres forces s'ajoutent à ces deux dernières.

On ne trouve les macro-tectites, celles visibles à l'œil nu, que dans quatre régions (champs) terrestres mais on en trouve aussi beaucoup au fond des océans lors de carottages (Atlantique, Pacifique et Océan Indien).

  1. Sud des États-Unis, il y a deux zones principales de retombés le Texas pour les « Bediasite » et la Géorgie pour les « Georgiaite ». L’impact, il y a 35 millions d’années, forme le cratère de Chesapeake Bay, aujourd’hui recouvert de sédiment, il a été découvert grâce à des études géophysiques
     

  2. Sud de la République tchèque, les « Moldavite » (les premières furent découvertes près de Tyn nad Vltavou et Vltava, anciennement ville de Moldauthein et rivière Moldau. L’impact, il y a 14,5 millions d’année, forme le cratère du Ries en Bavière, d’un diamètre d’environ 25 km. La distance moyenne parcourue par les tectites n’est que de 300 km.
     

  3. Côte d'Ivoire, les « Ivoirites » ont pour origine le cratère du Lac Bosumtwi au Ghana daté de 1,07 million d’années.
     

  4. Sud-Est asiatique et Australie, les « Australasites », la répartition est très étendue elle va du sud de la Chine pour les « Guang-Dong » à l’ouest de l'Australie "Australites"et d’est en ouest, des Philippines « Rhizalites ou Philippinites » par l’Indonésie, « Billitonite », au Vietnam, Laos et Thaïlande, « Indochinite ». Le cratère n’a pas été découvert. (voire encart ci-dessous) On date toutes ces tectites de 770 000 ans
     

Toutes les tectites d'un même champ ont la même composition chimique et elles ont toutes le même âge.
Les « Moldavite » sont de couleur vert-bouteille, toutes les autres sont noires.

Localisation occidentale

Localisation occidentale

Les champs de tectites d'Europe, Amérique et Afrique.

Localisation orientale

Localisation orientale

L’immense champs d'Asie du Sud-est et Australie.