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LE TUNGSTÈNE ARMORICAIN ...

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Une étude de Monsieur Yves Lulzac, juin 2019

Yves Lulzac est un ancien géologue minier qui a fait toute sa carrière au BRGM, à travers le monde. Il est à l'origine de la découverte de la Lulzacite, un phosphate de strontium, qu'il a découvert à St Aubin des Châteaux, Loire-Atlantique, en 1997.Gemmologue de laboratoire à ses heures, il a rédigé un manuel de gemmologie qui fait autorité dans le monde entier.Breton, il est aussi l'auteur de cinq ouvrages sur les manoirs Bretons.

mpoule électrique et wolfram.

SOMMAIRE

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Province nord armorique

LA PROVINCE NORD-ARMORICAINE

Districts et indices tungstifères de la province nord armoricaine.

1- Le district de St Renan

Bien connu pour ses importantes concentrations de cassitérite alluvionnaire découvertes en 1957 au cours de prospections uranifères, puis exploitées de 1960 à 1974, ce district l'est beaucoup moins pour ce qui concerne les minéraux tungstifères, la wolframite principalement ainsi que la scheelite qui lui est subordonnée. Cela tient au fait que les gîtes primaires à l'origine des concentrations alluvionnaires sont très mal connus car n'affleurant pour ainsi dire jamais d'une manière naturelle sur la surface topographique actuelle. De plus, étant de taille réduite, bien que souvent richement minéralisés, leur localisation sous le recouvrement périglaciaire et végétal propre à cette région, s'est avérée quasi impossible sans faire appel à de lourds travaux de terrassement qui ne seraient pas justifiés dans l'état actuel de nos connaissances géologiques de ce district.

 

La wolframite et la scheelite, ne sont donc connues que grâce à la découverte d'éboulis minéralisés épars sur le sol, ou de gîtes en place dans certaines carrières dont la plupart sont maintenant remblayées et inaccessibles.

De ces observations, on peut néanmoins affirmer que ces minéraux, tout comme la cassitérite qui les accompagnent souvent, sont étroitement liées à la différentiation granitique à grain fin dite de Saint Renan qui s'allonge sur environ 25 km, depuis la Pointe de Corsen à l'ouest, jusqu'au niveau des communes de Bourg Blanc et Gouesnou vers l'est. Cette différenciation couvre la moitié occidentale du grand massif granitique, dit de Kersaint, qui se poursuit sur une vingtaine de km jusqu'aux abords de Lanhouarneau.

On distinguera deux zones minéralisées principales :

 

11- La zone occidentale comprend une dizaine d'indices dans lesquels la scheelite prédomine largement sur la wolframite.

Entre autres on connaît :

  • Les indices de Ploumoguer et de Quillimérien constitués de tourmalinites filoniennes parcourues de filonnets quartzeux parfois minéralisés en mispickel.

  • Les indices de Kerloas, Tourous et Langongar où la scheelite s'exprime dans des veinules tourmalinifères axées sur des diaclases. Elle est parfois subordonnée à la cassitérite qui peut être abondante à Tourous.

  • Les indices de Lamber et de Keriaouen constitués de mylonites tourmalinifères avec parfois présence de mispickel.

  • L'indice de Kerarguéné où la scheelite est associée à la cassitérite dans des filonnets quartzeux à épontes non ou peu greisenisés.


Trois autres indices sont à wolframite prédominante :

  • L'indice du Vouden en Lanrivoaré constitué d'un stockwerk quartzeux associé à un granite greisenisé avec cassitérite, mispickel, bismuth natif et bismuthinite. La wolframite y est parfois très abondante. Il s'agit d'un amoncellement de blocs formant la base d'une petite butte correspondant probablement à une ancienne motte féodale mais ayant été occupée depuis par un ancien moulin à vent. On pensait que ces blocs provenaient du démantèlement sur place d'un gîte primaire sous-jacent, mais cette hypothèse fut infirmée par un sondage carotté effectué dans les années 60. On croit maintenant que ces blocs proviennent d'une  petite carrière ouverte à peu de distance de cette butte, mais dont la localisation exacte n'a pu être précisée, ayant été complètement remblayée depuis des siècles.

  • L'indice de Kerneac'h constitué de filonnets quartzeux à épontes tourmalinifères, minéralisé en wolframite, scheelite, mispickel et cassitérite.

  • L'indice de Kerouidic, situé en dehors du granite de Saint Renan, dans une différenciation du granite de l'Aber Ildut nommée granite de Plouarzel, est constitué d'éboulis de quartz se rapprochant du type pegmatitique minéralisé en cristaux pluri centimétriques de wolframite accompagnés de micas blancs.


12- La zone orientale qui regroupe quatre principaux indices à wolframite prédominante :

  • L'indice de Kervenguy constitué de filons quartzeux dans un greisen bréchique tourmalinifère.

  • L'indice de Lervir où les grands cristaux de wolframite sont associés à du bismuth natif et de la pyrite dans des filons de quartz à épontes largement greisenisées.

  • L'indice de la carrière de Penfeunteun est remarquable par ses amas de greisen ayant livré de beaux cristaux d'apatite et de cassitérite (cf. musée de Saint Renan).

  • L'indice de Kergonguy en relation avec une résurgence du granite de Saint Renan dans les gneiss de Tréglonou. Il se manifeste par une zone d'éboulis de quartz plus ou moins  géodique et tourmalinifère, de 5 à 10 cm de puissance, particulièrement bien minéralisés en wolframite, soit en lames pluri centimétriques, soit en amas bacillaires épigénisant probablement d'anciens cristaux de scheelite. Dans ce cas il s'agirait alors du pôle ferbérite. Les échantillons récoltés sur place sont très nombreux, certains presque uniquement constitués de wolframite massive d'un poids de plusieurs kilogrammes.

Des sondages carottés effectués en l'aval pendage de cette zone préalablement délimitée par une étude géochimique, ont révélé une paragénèse à prédominance stannifère dans les niveaux inférieurs.

Références

Chauris L. 1965.Les minéralisations pneumatolytiques du Massif Armoricain. Mem.

B.R.G.M. n°31.

Chauris L. 1980. Un district stanno-wolframifère à minéralisation disséminée : le granite de Saint Renan (Massif Armoricain) et ses gisements alluvionnaires de cassitérite. 26 congr. géol. intern. Gisements français, fasc. E.1.

Chauris L. 1993. Greisen à tourmaline-relique et quartz à wolframite près de Kerouidic en Plouarzel (Finistère). Bull. SSNOF, t.15 (2).

St Renan
Districts tungstifère de Saint Renan.

2-  Le district de Landerneau

 

Il se situe dans la moitié orientale du massif granitique de Kersaint dans laquelle on peut observer des bancs directionnels de granite de Saint Renan réputé être le seul à l'origine des minéralisations stannifères de cette région de Bretagne. Trois principaux indices y ont été recensés :

  • L'indice de Kerarsaos sur la commune de Saint Thonan qui montre une association de scheelite et de cassitérite dans quelques filonnets quartzeux localisés sur la bordure méridionale de la digitation centrale de granite de Saint Renan.

  • L'indice de la carrière de Kerougant qui est localisé sur la terminaison orientale de la digitation septentrionale du granite de Saint Renan. Cette zone, qui a fait l'objet d'une prospection géochimique multiélémentaire en 1984 et de sondages à la tarière à main, s'est révélée essentiellement stannifère mis à part l'indice de Kerougant qui se distingue par la présence de filons quartzeux plus ou moins lenticulaires minéralisés en mispickel, chalcopyrite et scheelite localement abondante (jusqu'à 2,85 % W sur une puissance de 5 cm). Ces filons ont la particularité d'être sub-horizontaux et d'être également en relation spatiale avec un petit banc de leucogranite de type Sainte Catherine qui prend son développement maximum à l'est du granite de Kersaint en direction de la baie de Morlaix où il est souvent béryllifère.

  • L'indice de Tréméal se trouve à environ 13 km au-delà de la terminaison orientale du massif de Kersaint-Saint Renan et à 2 km au nord du bourg de Plouvorn. Lui aussi est en relation avec une très petite résurgence du granite de Saint Renan et se manifeste par une zone d'éboulis de quartz filonien minéralisé en plages centimétriques de scheelite plus ou moins épigénisée par de la ferbérite microcristalline.

L'indice de Kerougant excepté, les deux autres indices n'ont jamais été étudiés en détail.

 

Références.

Lulzac Y. 1988. Le district stannifère de Landerneau. Synthèse des travaux au 30 septembre 1987. Rapp. B.R.G.M., 88 DAM 024 OP4. Inédit.

Plougoulm

3-  L'indice de Plougoulm

 

Découvert fortuitement par un amateur minéralogiste de Roscoff, cet indice se situe dans une carrière ouverte à proximité du village de Keranveyer en Plougoulm. Il concerne un banc de pyroxénite intercalé dans la série des gneiss de Lesneven, eux-mêmes recoupés par de nombreux filons de pegmatite granitique à tourmaline. Cette pyroxénite puissante d'environ 2 mètres au maximum présente à l'affleurement une géométrie lenticulaire courbée en forme de lunule d'orientation moyenne nord-est / sud-ouest. Elle est plus ou moins transformée en une roche à faciès skarnoïde montrant de belles et nombreuses accumulations de vésuvianite et de grenat (grenats de la série grossulaire-andradite), parfois associées à des amas de quartz. La scheelite y est présente en cristaux et plages en 2 à 3 cm au maximum, principalement dans les zones les plus riches en grenat ainsi que dans les passées quartzeuses.

Une reconnaissance profonde au moyen de 8 sondages percutants et de 2 sondages carottés longs de 40 m et de 70 m exécutés en juillet 1985, n'ont reconnu que des filons de pegmatite ainsi que des fissures grenatifères ponctuées de scheelite avec des teneurs de l'ordre de 50 g/t. Cette faible minéralisation est censée représenter l'aval pendage de cette lentille de skarnoïde qui serait affectée d'un fort pendage nord-ouest. On note également la présence de veinules quartzeuses très peu minéralisées en cassitérite. Une recherche en extension longitudinale au moyen d'une prospection éluvionnaire s'est révélée également négative confirmant le caractère très lenticulaire de ce type de gîte.

A noter que, parmi les skarnoïde actuellement connus dans le Massif Armoricain, cet indice de Plougoulm est le seul à avoir été étudié d'une manière aussi détaillée.

 

Références

Chauris L. et Corre Y. 1978. Skarn à idocrase, grossulaire et scheelite de Plougoulm (Finistère). Bull. Minéral., 101, p.576-577.

Indice tungstifère de Plougoulm
Carantec

4-  District de Carantec

 

Situé de part et d'autre de la baie de Morlaix ce district, en relation avec le granite de Carantec, est principalement stannifère. Cependant, en bordure de mer sur la commune de Carantec au lieu-dit Cosmeur, on remarque des filons de quartz dont la puissance varie de 1 à 10 cm, dont les épontes, plus ou moins greisenisées, sont minéralisées en tourmaline, cassitérite, scheelite et wolframite en lames de 2 à 3 cm maximum. La paragénèse sulfurée comprend mispickel, pyrite, pyrrhotite et chalcopyrite. Le bismuth natif est également présent. Sur la même commune, au lieu-dit Pen al Lann, on note des veinules ou des filons quartzeux d'environ 5 cm de puissance renfermant parfois des lambeaux feldspathiques, des micas blancs et de la tourmaline. Outre le mispickel parfois abondant, la paragénèse comprend cassitérite et wolframite en grandes lames de 3 à 4 cm de longueur. La scheelite est rare.

Sur la commune de Plougasnou, à la Pointe de Térénez, on connaît également des veinules quartzeuses minéralisées en scheelite, mispickel et wolframite en lames centimétriques.

Aucun de ces indices n'a fait l'objet de recherches avancées.

 

Références.

Chauris L. 1975. Minéralisations stanno-wolframifère dans le granite de Carantec.

C.R.A.S. Paris, 280, p.2421-2424.

District tungstifère de Carantec
Lanmeur Plougasnou

5-  District de Lanmeur Plougasnou

 

Bien connu pour son gisement de cassitérite alluvionnaire en partie exploité, ainsi que pour ses filons cupro-stannifères, ce district recèle également quelques minéralisations tungstifères peu importantes qui leur sont associées.

Ces formations filoniennes, toujours encaissées dans le petit massif de granite rose de Lanmeur, portent l'empreinte de quatre événements minéralisateurs successifs :

  • une première génération de quartz de type pegmatitique dans laquelle on trouve du feldspath potassique et parfois de la scheelite plus ou moins épigénisée par de la ferbérite et pouvant être associée à des sulfures et peu de cassitérite.